Wednesday, July 15, 2020

Il est rarissime qu'une manifestation dans le cadre d'un mouvement social dégénère à ce point à Saint-Etienne. Celle des « Gilets jaunes », cet après-midi, s'est muée en émeute après 16 h à Centre 2. Le cortège, assez imposant et dans une ambiance plutôt bon enfant, était parti de l'hôtel de ville pour remonter la grand rue après une halte place du peuple où fut entonné l'hymne national et lancés les « Macron démission » devenus habituels. « Stop au racket fiscal » lisons-nous sur une grande banderole.

A Centre 2, un cordon de CRS est positionné en haut des marches du centre commercial, côté tramway (vers le magasin C&A) et d'autres forces de l'ordre rue Alexandre Pourcel. Que veulent les manifestants ? Entrer dans la galerie marchande ?? Les sommations d'usage sont formulées. « Ça va friter », avertit un manifestant à côté de moi, un quinquagénaire venu en famille. Quelques personnes portant le gilet jaune tentent alors d'ameuter les autres manifestants qui pressent les fonctionnaires, qui immédiatement gazent la foule. Les CRS essuient en réaction de nombreux jets de projectiles. Scène assez surréaliste que ce « gilet jaune » en fauteuil roulant se retrouvant dans la brume lacrymogène, entre les policiers, repliés devant l'entrée du centre commercial, et les manifestants occupant la voie du tram, certains tentant de s'armer de planches.

A l'angle de la rue Alexandre Pourcel et de la grand rue, des déprédations sont commises. Un gaillard portant le gilet jaune s'acharne sur le radar feu rouge qui finira enflammé tandis qu'une barricade de fortune est élevée au milieu de la chaussée par des jeunes (très jeunes parfois) qui vont ensuite arracher les guirlandes électriques de noël décorant le centre commercial et fracasser certaines de ses vitrines. Ceux-là semblent venus pour casser, sans discernement.

Peu à peu, les CRS vont avancer sur la grand rue, à grands coup de gaz – ils n'auront pas lésiné - et quelques charges. Et les manifestants refluer, mais toujours motivés. "On est les Français", braille un "gilet jaune". A certains de ceux qui entreprennent d'enflammer des poubelles, du mobilier urbain, des meubles sortis dont ne sait où, trop près des voitures sur la chaussée, nous en entendons d'autres les inviter à le faire sur la voie du tram. Ce qu'ils font. Mais pendant que les CRS et les manifestants se font face, que les canettes et les insultes volent et que la grand rue est illuminée par les feux - « c'est la Saint-Jean ce soir !» hurle un manifestant - de petits groupes opèrent à l'arrière. Certains, avec un rouleau à peinture, badigeonnent les écrans des distributeurs bancaires (place Anatole France). D'autres tentent de fracasser des vitrines, des abribus...

Rue du Onze novembre, devant l'université, les abris de la STAS sont laminés, l'agence du Crédit agricole vandalisée, de même que le magasin Casino. L'inscription « Mort aux riches et à Macron » est taguée. Des horodateurs, rue Jules Simon, du Onze novembre..., sont détruits. Des vélos VéliVert sont arrachés et désarticulés. Des manifestants sont parfois intervenus pour mettre un terme aux exactions. Des bagarres ont été évitées de justesse. Vers l'université, un groupe de plusieurs dizaines de jeunes. « Au Lacoste », hurlent-ils avant de s'éparpiller comme une nuée de moineaux...

Nous ignorons s'il y a eu des blessés.

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