Tuesday, June 18, 2024
On l'appelle la " Maison des lions" parce que quatre têtes de fauves ornent sa façade. Elle se trouve à  deux pas de l'église Saint-Pierre, dans l'ancienne rue du Château qui fait la jonction entre la butte du calvaire où s'élevait le château comtal, et le quartier des chanoines, autour de la Collégiale, deuxième centre de pouvoir de la ville, ecclésiastique celui-là .
 
On est toujours très étonné de constater l'impressionnante richesse architecturale de l'ancienne capitale du Forez, qui n'en demeure pas moins le coeur de notre région. La rue Martin Bernard par exemple. Elle s'est bâtie à  partir du XIIIe siècle sur le "Grand Chemin du Forez", une voie de communication importante.  Au contraire de la rue Tupinerie, où s'étaient établies des couches sociales moins élevées, elle a vu s'élever des maisons appartenant à  des familles aisée, appartenant à  ce que l'on appelle la noblesse de robe (juristes, clercs de notaires...). S'y trouve l'hôtel de la famille Robertet (XVIe siècle) juste en face du bâtiment qui nous intéresse. Jehan et Florimond Robertet en furent les plus illustres rejetons. Florimond fut le grand argentier de plusieurs rois, le dernier en date étant François Ier, qui annexa le Forez en 1536. S'y trouvent aussi l'ancienne maison à  colombages de la famille Bernard (Martin et Auguste notamment) qui a donné son nom moderne à  la rue et, plus bas, celle des Du Verdier, dont Antoine Du Verdier, membre de ce que l'on nomma la "Pléiade du Forez", une sorte de cercle de lettrés locaux.

La Maison de Ville, dite des Lions, fut bâtie par Pierre Henrys entre 1580 et 1620,  à  l'époque de Louis XIII. Entre deux têtes de lion, sa façade qui rappelle, sur le modèle florentin, certaines façades de la rue de la Juiverie, dans le vieux Lyon, porte un blason sur lequel on lit un griffon et trois épis de blé. L'animal mythologique renvoie à  la profession de Claude Henrys, greffier au tribunal. Ce serait des "armes parlantes" dans le langage héraldique, que l'on retrouve sculptées sur le puits, au rez de chaussée, qui sépare les deux corps de logis donnant, pour l'un, sur la rue marchande Bernard, pour l'autre, sur la rue parallèle des Légouvé. Anne-Marie Ferrand, animatrice du patrimoine à  Pays du Forez, qui nous fait visiter les lieux, rappelle qu'autrefois, cette cour intérieure était un passage publique, même si le puits était privé. Dans cette cour, une galerie est en cours de construction, qui relie les deux corps de logis et qui repose sur de fines colonnes de style Renaissance, dont toutes ne sont pas d'origine et coiffées de petits chapiteaux corinthiens. Ce sera une galerie fermée. L'idée, explique le propriétaire, étant de restituer l'aspect originel de la galerie, quoiqu'il n'en reste aucune trace, à  la charnière de l'époque Renaissance et du XVIIe, sans trop chercher à  se faire plaisir en lui donnant, par exemple, trop d' ouvertures. Les espaces entre les croix de saint-André en bois de chêne qui en assurent l'équilibre sont donc en train d'être comblés avec un torchis fait de chaux et de chanvre. Quelques fenêtres à  meneaux offriront néanmoins un minimum de lumière. Et à  terme, la restauration ne sera pas rustique. Le bois ne sera pas verni pour le rendre clinquant et la galerie sera badigeonnée dans une teinte proche de ce que l'on peut voir, pour la pierre, rue des Légouvé.

La salle d'apparat, à  l'étage du bâtiment donnant sur la rue commerçante, inscrit à  l'inventaire des MH, destinée à  être vue depuis la chaussée pour asseoir, autrefois, la position du propriétaire, comporte une cheminée en marbre, copie du XVIIe, des cloisons en trompe l'oeil, un parquet "Versailles" du XIXe, et surtout de beaux plafonds à  caissons du XVIIe. Les bords des caissons sont ornés par des clés contenues dans des formes rectangulaires ou circulaires. Le plafond est recouvert sur sa partie conservée d'un badigeon vert de gris à  la mode à  l'époque de Louis XVI. En procédant à  un petit nettoyage, on a découvert des motifs floraux. Cette couche du XVIIe, masquée, est-elle intacte partout ? La phase de nettoyage le dira avant que ne soit procédé à  celle dite de réintégration, destinée à  mettre une couche de vernis pour redonner de la profondeur à  la peinture. L'autre partie, qui avait été plâtrée, laisse apparaître des poutres et leurs torsades anciennement traitées à  l'or sur fond rouge. L'enjeu, explique le propriétaire, est de conserver, concilier et rendre harmonieux les différents éléments qui composent la salle.

Le chantier sera ouvert au public à  partir de novembre, histoire de constater l'avancée des travaux. D'ici là , il faudra embaucher une nouvelle restauratrice, la précédente s'étant désistée.