Wednesday, September 23, 2020
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Article écrit en 2009, augmenté ultérieurement.

Le film Rebirth of a nation a été présenté au public du festival Avatarium le 11 avril 2009, en présence du réalisateur, DJ Spooky alias Paul D. Miller. Il s'agit d'une version "remixée" du film de Griffith Birth of a Nation.

Film culte car novateur à  plus d'un titre, Naissance d'une nation revisite lui-même, à  la sauce confédérée, la Reconstruction qui a suivi la Guerre civile américaine. Tiré d'un roman de Thomas Dixon, The Clansman, il est sorti en 1915, quand le Ku Klux Klan allait connaître un second souffle.

Celui-ci fut fondé en 1866 par six anciens soldats confédérés, dans un Sud exsangue, en plein chaos, occupé par les troupes fédérales et gouverné par les Carpetbaggers, nordistes venus s'installer dans le Sud, et les Scalawags, sudistes rangés par opportunisme. Il fut officiellement dissous trois ans plus tard par son Grand Sorcier, son chef, Nathan Bedford Forrest. Ce qui ne fit pas cesser les exactions de ses membres contre les noirs, affranchis mais qu'ils veulent maintenir dans une position inférieure, et tous ceux qui prônent l'égalité.

Fin novembre 1915, dix jours avant la sortie du film à  Atlanta, William Joseph Simmons ressuscitait l'organisation secrète et criminelle au cours d'une cérémonie à  Stone Mountains (Géorgie). Ce n'était pas un hasard. Le film était déjà  projeté depuis mars dans plusieurs villes américaines et rencontrait un succès immense. " Pour Simmons, c'est la révélation, écrit Farid Ameur*. Quelle meilleure publicité existe-t-il pour son organisation que le film de Griffith ? Ne démontre-t-il pas avec force que le Sud a injustement souffert du conflit et que les cavaliers du Ku Klux Klan sont les héros des temps modernes ?"

Voici le film. Les esclaves ne semblent pas malheureux** et dansent pour leurs maîtres. Les politiciens font la guerre et c'est chose terrible mais les blancs, bleus ou gris, somme toute, démontrent une certaine fraternité sur les champs de bataille. Tout se gâte après l'assassinat de Lincoln. Naît l'Empire invisible. Les chevaliers du Klan doivent se dresser contre l'empire noir que des politiciens véreux tentent d'installer. Il faut défendre la vertu de leurs femmes, menacée par la libido des blacks. Le héros WASP déboule à  l'écran pour y rester longtemps. "Rouges" et "macaques" n'ont qu' à  bien se tenir !

C'est tout du moins ce qu'il ressort des 60 minutes conservées par Miller, pour dénoncer ces propos suprémacistes et remettre l'histoire à  l'endroit. Sur fond de musique électronique (le film est muet à  son origine, la version musicale est plus tardive) avec des incrustations informatiques à  l'écran pour matérialiser les interactions entre les personnages. On a à  l'arrivée quelque chose  de complexe, tout à  la fois pédagogique et ludique, d'important sans doute, qui pose la question de la vérité  historique et du recul face à  l'image et plus généralement à  l'information. Ce qui n'empêche pas d'avoir parfois le sentiment d'être pris pour des gamins de 14 ans.

* Farid Ameur, KKK, Larousse, collection Mystères, 2009.
** Voir bien sûr 12 years a slave, de Steve McQueen