Wednesday, September 23, 2020
Le Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne et le Conseil général ont inauguré en 2007 une série d'expositions d'art contemporain dans des sites patrimoniaux. Leur objectif est de permettre la relecture de ces oeuvres loin du "carré blanc" aseptisé de leur lieu d'exposition habituel en même temps que la redécouverte, grâce à  elles, de l'espace chargé d'histoire qui les accueille temporairement. La première, au Couvent des Cordeliers de Saint-Nizier-sous-Charlieu, met à  l'honneur Claude Viallat et Toni Grand, deux artistes du groupe Supports-Surfaces dont les oeuvres révèlent autrement l'architecture de l'édifice. Dans l'espace de la chapelle, les vibrations des peintures trouvent un écho et la forte présence des bois des sculptures se confondent avec son architecture dénudée et sa charpente.

La seconde exposition a été inaugurée dans les sous-sols sombres du prieuré de Pommiers, en opposition à  la nef lumineuse du Couvent des Cordeliers mais en rapport aussi puisqu'il s'agit encore d'une révélation de l'espace. Les murs qui accueillent les oeuvres sont dénudés, la pierre est visible et seules quelques petites ouvertures laissent passer un trait de lumière.
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Vigile, Denis Laget (détail)
 
Pour habiter cet espace chtonien et discret (mais dont la froideur naturelle a toutefois été atténuée par des travaux récents d'aménagement qui ont intégré du bois et du métal), le M.A.M. a choisi des oeuvres fortes qui renvoient au thème de la Vanité des choses humaines. Il s'agit d'un grand classique de l'histoire de l'art, particulièrement en vogue aux XVIIe et qui a connu un regain d'intérêt au XXe avec Picasso, Richter... A l'origine des Vanités il y a le constat célèbre figurant dans le livre de l'Ecclésiaste: "vanité des vanités, et tout n'est que vanité". Les peintures de Bailly, Claesz, De Champaigne, par exemple, ont cherché à  illustrer de façon symbolique ce thème philosophique en lien avec l'inéluctabilité de la mort, de la fragilité des biens, avec le sentiment que rien sur terre n'a de solidité ni de durée et que tout est promis à  la poussière. Et pour mettre en évidence sur la toile ce memento mori ("Souviens toi que tu vas mourir"), le crâne humain, les ossements, le miroir et le sablier furent les objets symboliques les plus utilisés.
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André Cellier, conseiller général, Pascal Clément, François Jamond, vice-président de Saint-Etienne Métropole, Jacques Beauffet, commissaire de l'exposition.

L'oeuvre de Jana Sterback, Catacombes, reprend l'image du squelette démantibulé mais le traite dans une matière incongrue. Il est en chocolat ! Un chocolat qu'il faudra bientôt lustrer avec de l'huile de noix pour redonner aux os leurs couleurs d'origine. Posé sur une table chromée de laboratoire, il illustre la méditation de l'artiste sur le vieillissement et la mort et rappelle au visiteur, puissant ou misérable, le caractère on ne peut plus égalitaire du trépas.
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Pour Vigile, Denis Laget a utilisé un petit panneau de bois avec un cadre en zinc qui entoure le crâne et l'empâtement doré dans lequel il semble englué. Le zinc n'est-il pas utilisé dans la confection de certains cercueils ? Contraste de la chaleur et du froid. On imagine une plage privée de Saint-Tropez où un coup de vent malheureux viendrait balayer le sable et faire affleurer le crâne d'un naufragé.

Erik Dietman, artiste suédois qui a côtoyé les tenants du Nouveau Réalisme et de Fluxus, a introduit dans ses oeuvres une bonne dose d'humour noir et de dérision. Attirante et repoussante avec ses coulures sanguinolentes, ses bavures un peu "dégueues", la série des compotes humaines a l'aspect  d'une céramique luisante et informe sur laquelle est posé un vrai fémur humain. Une juxtaposition inattendue qui provoque un sentiment d'étrangeté et d'incongruité que le nom vient confirmer.

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Trois grandes lunes attendent encore le visiteur. Malgré la justesse du cadrage, la lumière qui révèle le relief de l'astre de la nuit, la netteté qui rend l'objet identifiable, en l'occurrence des photographies de tambours intitulées Géographie V, Géographie VI, Géographie VII, l'objet se dérobe comme par trop de présence. Tosani se focalise sur l'objet, "qui n'est qu'un prétexte pour parler des choses" et en photographiant un objet, il en crée un autre: l'objet-photographie apte à  révéler l'invisible, tel le son d'un tambour, et à  être métamorphosé de nouveau par le regard intrigué du spectateur.

Boltanski avec ses Essais de reconstitution explore le thème de l'enfance perdue. De petits objets en pâte à  modeler (cubes, petit fusil, pantoufles...), disposés dans des tiroirs de fer blanc tentent de reproduire, très imparfaitement comme dans le flou des souvenirs, des objets qui ont réellement appartenu à  l'artiste. Bien que dérisoire, ce petit trésor - qui peut mettre mal à  l'aise; ces tiroirs grillagés portant chacun une étiquette descriptive ne renvoient-ils à  leur manière aux bagages empilés derrière les vitre du camp d'Auschwitz transformé en musée du souvenir ?  - renferme une mémoire affective, souvenir des jeux d'enfants en même temps qu'il montre notre incapacité à  tout garder.
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Au premier plan, " Essai de reconstitution en pate à  modeler effectué le 6 février 1971 d'une petite bouteille d'encre de chine que Christian Boltanski possédait en 1954 "


Enfin à  ne pas rater Der Lauf der Dinge. Il s'agit d'une pièce vidéo  hypnotisante - mais vous savez déjà  que tout aura une fin - d'une vingtaine de minutes de Peter Fischli et David Weiss. Elle est basée sur le principe du jeu de dominos. Les artistes ont filmé l'interaction d'une foule d'objets mis en scène dans une machinerie incroyable. Tout part d'un sac à  poubelles qui pousse un pneu. Suivent des chutes d'objets, des déroulements de ficelle, des effets chimiques ou pyrotechniques qui s'enchaînent en une suite d'actions et de réactions marquant la fin de course de chaque objet et le commencement d'un autre mouvement...