Wednesday, May 19, 2021
Vous avez dit primitif ? une exposition-spectacle présentée à  La Rotonde  retraçant l'aventure sonore et musicale de nos lointains ancêtres, avant l'ère du métal. Dans le rôle du griot musicien, Guy Thévenon. Que ce soit avec un haricot géant ou la mâchoire d'un âne, des morceaux de bois ou des cailloux, il raconte "le chant de notre mère la terre" , et personne n'en perd pas une miette. "La musique a commencé à  partir du moment où la planète s'est formée, dès que la pluie est tombée, qu'il y a eu les vagues, le bruit du vent. C'est du son, on n'a fait que continuer l'histoire..." Pour remonter le temps, Guy Thévenon avait rassemblé à  La Rotonde une impressionnante collection d'objets sonores et d'instruments de musique. Il ne manque que les crânes de mammouth et les côtes de baleine pour faire le tour des jeux musicaux des plus anciennes sociétés.

 

Il y a d'abord les matériaux, par exemple la lauze des toits de Lozère qui produit le son cristallin du xylophone. Et tous les "artefacts" de dame nature que le musicien sait manier avec son souffle, frapper de sa main, ou transformer. Il fait un sifflet d'un noyau de pêche et tire une musique des lamelles d'une grosse pomme de pin coincée entre ses "cuisses de résonance". Il peut tout aussi bien jouer du hautbois avec une tige d'oignon ou sonner avec la corne d'un bouc. C'est magique comme le sont ces gros bâtons de pluie américain.  "Je rencontre encore des vieilles personnes qui me disent: tout le monde savait faire ça autrefois, jouer avec rien ", regrette un peu le musicien.

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Il y a aussi les outils de la vie quotidienne, comme ces pilons à  mil africains dont l'utilisation domestique engendre un battement musical et rythme le chant. Dans nos campagnes, les rituels étaient accompagnés par des chants mais ces pratiques ont été balayées en peu de temps.  "On chantait au labour pour appuyer sur la charrue. Aujourd'hui, chanter sur un tracteur ne fait pas avancer le tracteur plus vite..." . C'est d'une logique implacable. " On n'est plus une société musicale, poursuit Guy Thévenon,  dans le sens où nos activités ne sont plus étroitement liées à  la musique comme dans la plupart des sociétés dites traditionnelles et comme nous l'étions autrefois dans les actes de la vie. C'est devenu de la musique récréative. On la consomme."

Le parcours, parsemé d'histoires explore méthodiquement la gestuelle humaine et montre la longue évolution des instruments et des sons. Par exemple, comment d'un rebab dont on pince ou frotte les cordes, on arrive à  un stradivarius, et comment on passe du berimbo à  la lyre. On suit jusqu'en Andalousie les gitans qui emportent dans leurs baluchons les karthals du Rajasthan. Ce sont les castagnettes espagnoles. Et la bourrée auvergnate devient même très rock'n roll.  Les sabots qui martèlent le sol ne sont-ils pas un peu l'équivalent de la basse électrique ? Et on redécouvre avec les Basques eux-mêmes, peuple ancien s'il en est, la xalaparta.

Ce voyage initiatique, envoûtant, s'est achevé sur une recommandation: "Faites des bruits, faites des sons, pour votre propre plaisir. La société ne peut vivre qu'avec des virtuoses. Il y a des formes musicales très simples sur lesquelles on peut passer des années. "

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