Wednesday, September 23, 2020

Les Berthéas présentent les oeuvres récentes et toujours agitées de Didier Chamizo, peintures et dessins, dans leur galerie « Les Tournesols Contemporain Art Gallery ». Sa dernière venue date de 1998, l'année de la Coupe du monde et de la fresque du « joueur déglingué », alias « Planète foot », peinte par l'artiste à  la Terrasse.

Son oeuvre, proche de l'art graffiti, sans doute portera toujours l'empreinte indélébile de son histoire personnelle, faite d'engagement politique fort et de privation de liberté. On n'est donc pas surpris de retrouver ses sujets de prédilections et même s'il ne faut pas cantonner son travail à  ceux-ci, ils sont ceux qui frappent le plus : la violence, le pouvoir, la collusion de la politique et des médias.

Il y a la guerre et ces fusils, baionnettes aux canons, qui ici enserrent une fatma et menacent sa liberté. Comme de coutume, il y a « le Keuf », harnaché comme un robocop mais qui n'a pas l'apanage des bouches noires et de la mécanique des flingues. « Le Rappeur » est aussi bien outillé et son pote de « Game Over » porte dans les yeux le même reflet que celui du flic: nous tous, pauvres têtes de mort ! Mickey qui coiffe l'indien a quant à  lui gardé dans ses orbites le souvenir de sa propre image. Il devrait en parler à  Hamlet...

" The new french republic ", acrylique sur toile, 200x200

"Mais on constate surtout dans son oeuvre, du point de vue artistique, dit Mme Berthéas, une évolution magnifique. Il progresse toujours. Didier Chamizo est un très grand artiste et un personnage haut en couleurs. A l'image de sa peinture." A l'image aussi de son tee-shirt psychédélique parce que ce type cool qui tape la discute sans chichi, c'est bien Chamizo, pas une peinture. C'est l'ancien étudiant des cours du soir des Beaux-Arts de Sainté, l'inventeur de l' "abstraction lettrique" (pour reprendre les mots des exégètes), Chamizo « l'international » qui parle au naturel en même temps qu'il exprime sans concession sa vision burlesque du monde, en petit ou en grand format.

Dans ses grands formats d'ailleurs, on peut se noyer tant il y a de choses à  voir et à  se demander. En voici un par exemple : « Dieu est amour ». En noir et blanc, il nous montre un personnage représentant chacun les diverses religions. Un barbu kamikazé qui transperce d'un minaret un pape imprécateur qui l'assomme à  coup de crucifix, un rabbin armé d'une Uzzi rutilante, un sorcier africain déglingué qui pointe la gueule de sa kalash vers nous. Il n'y a guère que le bouddhiste et l'hindouiste qui s'en sortent à  bon compte et le triangle de couleur au centre, qui n'est certes pas un delta lumineux, marque la confluence de la violence des religions du Livre... "Dieu est amour, tu parles ! Ils foutent la planète en l'air avec leurs conneries. Il faut en finir, et baiser en paix. Tiens ! Tu as vu celle-là  ? C'est Mickey qui se fait enfiler par un homme, ou une femme, on ne sait pas trop, assis(e) sur une liasse de dollars."

En même temps, il semble difficile même pour Chamizo dans ces nouvelles toiles de se défaire de la culture biblique. Alors il l'adapte, l'actualise dans des tableaux pas nécessairement irrévérencieux mais toujours d'une extrême précision. Désabusé, son regard ici traduit encore son jugement personnel sur un monde moins beau que ses compositions, né un jour de colère et qui s'éterniserait avec lui.


" Adam et Eve ", acrylique sur toile, 146x114,

"Parce qu'on est tous des délinquants originels"