Sunday, November 19, 2017
poilusbl.jpgPour le 90ème anniversaire de l'armistice marquant la fin de la Grande Guerre, le Conseil général de la Loire et l'Office National  des Anciens Combattants s'étaient associés pour mener des recherches sur le rôle de notre département dans l'accueil des blessés. L'exposition "1914-1918: la Loire au service des blessés" (2008) proposait de découvrir cet autre aspect de la vie du poilu, celui de l'organisation des soins et la souffrance des soldats blessés.

Bien que loin du front, et au delà  des pertes humaines qu'il a lui-même même subies, le département a fourni un gros effort de guerre. Industriel d'abord avec plusieurs centaines d'usines et d'ateliers fonctionnant à  plein régime et dont sont sortis, pour ne citer que les armes, les fusils Lebel (la "Manu") les chars "Saint-Chamond" (Forges et Aciéries de la Marine) ou encore les obus (Holtzer et Verdié) ... Les femmes ont joué leur rôle, en remplaçant les hommes partis au front, mais aussi, comme professionnelles ou bénévoles, en se mettant au service des blessés auxquels elles prodiguaient des soins.

poilusbldx.jpg

L'exposition invitait à  suivre le circuit emprunté par le blessé depuis son évacuation du front jusqu'à  sa rééducation. Un panneau retraçait le réseau des unités médicales depuis la ligne de feu jusqu'à  l'arrière. Brancardiers, ambulances, postes de secours, refuges de blessés, ambulances chirurgicales automobiles... Et puis, au coeur de ce système complexe, planifié par l'Etat-Major dès 1899, la gare régulatrice depuis laquelle les blessés étaient transportés vers les zones d'hospitalisation.

La Loire dépendant de la XIIIe Région militaire, c'est la gare de Moulins qui servait de gare de répartition. Le premier convoi est arrivé dans la Loire le 22 août 1914. En deux mois, 2300 blessés au minimum, ont été acheminés à  Saint-Etienne. Les documents relatent l'arrivée des convois dans les gares où de nombreux habitants se pressaient pour proposer des lieux d'hébergement, des couvertures ou de la nourriture.

Des journaux énumèrent les noms, grades et régiments des poilus qui arrivèrent: "Louis Brugel, 5e Génie; Ferdinand Bosak, caporal 2e Etranger; Bouk Tir Ben Ali, 8e Tirailleurs algériens; Charles Cousinet, 165e d'Infanterie..." Ils rendent compte aussi de tragédies oubliées. Ainsi, en octobre 1915, un accident de train au départ de Roanne, au niveau du tunnel de Vendranges, qui fit 17 morts !

blesscq.jpg
/Musée de Charlieu

Les blessés étaient ensuite dirigés vers les établissements de soin. Pendant toute la durée du conflit, près de 70 centres d'accueil ont fonctionné sur le territoire, de Saint-Chamond à  Feurs, de La Ricamarie à  Roanne. L'exposition décortiquait avec précision les différents types d'hôpitaux, la date de mise en service, leur localisation, leur nombre de lits et leur fonctionnement, parfois un peu évolutif.

En premier lieu les Hôpitaux Mixtes, c'est à  dire les structures permanentes où sont activées en temps de guerre les salles à  destination des soldats. Par exemple l'Hôpital Bellevue à  Saint-Etienne. Au début de la guerre, des établissements d'enseignement public furent réquisitionnés pour devenir des Hôpitaux Complémentaires, gérées directement par les Services de Santé de l'Armée. Il s'agissait souvent de lycées, par exemple le Lycée de jeunes filles de Saint-Etienne (200 lits). Le conflit s'éternisant, les établissements privés furent aussi réquisitionnés et on construisit des baraquements.

blessdx.jpg
Arrivée de blessés et prisonniers en gare de Roanne (CP)

poilusbltrs.jpg

Les hôpitaux bénévoles étaient pour leur part gérés le plus souvent par la Croix Rouge. Le cas le plus célèbre est celui de l'usine de chocolat Pupier, à  Saint-Etienne (250 lits). La Croix Rouge américaine avait en charge l'hôpital temporaire de Chantalouette à  Saint-Etienne. Sans oublier la générosité spontanée des Ligériens et des mises à  disposition volontaires d'immeubles ou de châteaux. De nombreux cas peuvent être évoqués comme celui de la villa de Mr Bosson, au Chambon-Feugerolles, qui accueillit 28 lits, ou encore l'immeuble Marrel fils à  Rive-de-Gier et le château de Bouthéon. A Saint-Just-en-Chevalet, le château de Contenson, ouvert le 1er décembre 1914, offrait 25 places. Evoquons encore le Dr Scipion Guinard qui fit construire à  Saint-Etienne sa propre clinique chirurgicale qu'il mit à  disposition de l'Union des Femmes de France, lesquelles dépendaient de la Croix Rouge.

blessqt.jpg

A Saint-Etienne, 32 médecins seulement devaient faire face à  l'afflux des blessés, secondés par de nombreuses infirmières en partie bénévoles. Le Docteur Thiollier rend hommage à  ces femmes en ces termes: "Elles sont venues de tous les points de l'horizon social, politique ou religieux, unies dans une pensée commune: le dévouement complet, absolu (...) Elles trempent aujourd'hui leur caractère et élèvent leur âme au spectacle quotidien de la douleur." Sa propre soeur, l'artiste roannaise Emma Thiollier, a servi à  la clinique Montaud en qualité d'infirmière bénévole. L'exposition présente une partie d'une fresque qu'elle réalisa à  cette époque en hommage aux blessés. Elle évoque aussi l'épouse du préfet de la Loire, Mme Lallemand qui joua un rôle de premier plan. On pourrait encore évoquer Antoinette Mayrand, une des premières ligériennes à  donner son sang.

Après l'hospitalisation débutait une lente convalescence et éventuellement la rééducation. La première se passait dans des hôpitaux-dépôts. La seconde, qu'illustrait un fauteuil bricolé pour un soldat invalide, se faisait grâce à  l'Ecole professionnelle départementale, créée dès avril 1915 par le Conseil général pour les soldats qui avaient perdu l'usage d'un membre, de la vue...

bless.jpg
L'infirmière et le blessé du Monument aux Morts de Charlieu
Le Dr Vitaud, maire de Charlieu, avait été mobilisé en qualité de médecin militaire

L'exposition, très riche, comportait une vingtaine de panneaux très précis auxquels s'ajoutaient des planches en couleur de périodiques, des cartes postales, coupures de journaux, des mannequins prêtés par l'Association "Cent ans d'Histoire militaire" et de nombreux objets  (prothèses, masques à  gaz...) en provenance du Musée d'Estivareilles ou du Musée de Charlieu... Des  albums photographiques montraient aussi des hommes en convalescence souvent très jeunes qui parvenaient tout de même à  participer aux fêtes, jeux et spectacles..., organisés pour tenter de leur faire oublier l'horreur vécue.

poilusblun.jpg

Il fallait bien ça pour rendre hommage aux combattants et à  la population ligérienne. "La mémoire des morts doit être très prioritaire dans notre esprit ", avait déclaré le préfet de la Loire de l'époque lors de l'inauguration. "Les jeunes sont des cibles prioritaires" , avait-il ajouté à  propos du devoir de Mémoire.

Espérons que cette "bataille"-là  aussi saura être remportée... Il faudra certainement y consacrer beaucoup d'efforts.

blesstrs.jpg
La mort du sénateur Reymond (détail)
/Musée d'Allard