Wednesday, July 15, 2020

(c) F. Gentili

Clarisse Lauras, en 3e année de doctorat, travaille actuellement sur une thèse consacrée à  Firminy-Vert sous la direction de Taline Ter Minassian (Saint-Etienne) et Jean-Luc Pinol (Lyon). Elle organise un colloque, ouvert à  tous, qui aura lieu les 9 et 10 octobre à  la Maison de la Culture de Firminy: "Architecture et patrimoine : nouvelles approches en histoire contemporaine". Le programme est très alléchant. Petite interview:

 
Peux-tu nous expliquer comment est né ce projet ?

En décembre dernier, à  l'invitation d'un institut maghrébin, je suis partie en Tunisie avec d'autres étudiants européens travaillant sur la thématique de la ville, l'architecture et le patrimoine. Nous avons beaucoup partagé et je me suis dit que ce serait intéressant de les faire revenir et de les réunir dans un lieu significatif, Firminy, pour évoquer nos travaux. L'idée est aussi de créer un réseau pour mettre en corrélation différents cas, dans d'autres pays ou périodes, et appréhender comment ce patrimoine est étudié et géré.

Sur quel sujet vas-tu communiquer ?

Je n'ai pas encore arrêté définitivement mon sujet. Peut-être "Auzelle au cimetière" ou bien le livret d'accueil des premiers habitants de Firminy-Vert. Sur ce deuxième thème, il s'agirait de montrer comment le maire et son équipe essayait de donner un "livret du bon locataire" et de formuler de bonnes pratiques pour des habitants qui n'avaient pas forcément l'habitude de l'habitat locatif et collectif.

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Auzelle ?


Robert Auzelle était un architecte spécialiste des cimetières. Claudius-Petit l'a fait venir à  Firminy. D'ailleurs, l'architecte évoque Firminy dans un livre sorti en 1965, intitulé "Dernières demeures". C'est intéressant de constater que le maire avait fait venir non seulement des architectes pour les vivants mais aussi pour les morts. L'idée était de faire un cimetière moderne; ce qui à  l'époque n'était pas commun en France. Mais le projet n'a pas abouti. L'idée c'est aussi de se dire que c'est peut-être, à  Firminy, une occasion manquée de patrimoine.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur son projet de cimetière ?


A l'origine, l'architecte vient à  Firminy pour faire une toute petite partie de cimetière pour l'agrandir. Spécialiste des cimetières paysagers, il recommande de mettre beaucoup d'arbres... Le problème c'est que plus il y a d'arbres et moins il y a de tombes. Et comme Claudius-Petit prévoit une croissance de la population assez importante, Auzelle ne pourra pas planter autant d'arbres qu'il le souhaitait. Un 2e projet, avant 1971, était plus abouti et important. Un peu plus à  l'extérieur de Firminy, sur un terrain vierge, il avait prévu de faire trois sortes d'amphithéâtres creusés avec beaucoup de plantations et un circuit de procession. Son idée c'était aussi de faire en sorte que les gens n'aient pas de caveaux perpétuels et beaucoup ne l'acceptent pas. Il préconisait aussi la pratique d'un ensevelissement en profondeur, les uns au dessus des autres pour gagner de la place au lieu d'être entérrés alignés. Mais cela non plus les gens ne l'acceptaient pas facilement. Aujourd'hui c'est une pratique courante. Au final, le projet ne verra pas le jour et l'ancien cimetière sera agrandi. Mais des plans d'Auzelle, il ne reste pas grand chose.

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Quel est le profil des intervenants ?

C'est très varié. Il y aura des historiens, des urbanistes, des historiens de l'art, des  architectes, un étudiant de Science-Po pour le sujet sur Beyrouth... Le but c'est de croiser les approches et d'enrichir la réflexion. C'est très intéressant par exemple de connaître le regard que porte Luca Sampo, un Italien, sur Le Corbusier. De par notre formation, il y a des aspects qu'on ne voit pas, parce qu'on n'a pas été formés pour les approcher. Partager aussi avec de gens qui ne connaissent rien à  ton sujet permet d'entendre des questions qui ouvrent des perspectives et interpellent ta propre réflexion. Sara Carton, par exemple, travaille sur le quartier moscovite de Sokol. Je communique par mèl avec elle. Elle écrit des choses sur "son" quartier qui me font penser à  Firminy-Vert.

Peux-tu revenir sur l'aventure de François Gentili, qui sera présent à  Firminy ?

C'est une histoire vraiment passionnante et qui peut symboliser l'esprit de cette rencontre. Il dirigeait une équipe de chercheurs qui effectuait des fouilles archéologiques au château de Baillet-en-France. Les recherches portaient sur une problématique médiévale. Et ils ont retrouvé des sculptures de Joseph Tchaà¯kov qui ornaient le pavillon soviétique présenté à  l'exposition internationale de 1937 ! Elle avaient été offertes par l'URSS à  la CGT qui avait transformé le parc du château en centre de vacances. Pendant la guerre, il fut réquisitionné par le gouvernement de Vichy et les sculptures furent détruites puis oubliées, jusqu'à  la redécouverte de leurs débris dans une glacière...


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Clarisse Lauras a signé un article sur nos pages: "Firminy-Vert ou l'ambition d'un maire" (Encyclo)

Elle nous aussi accordé un long entretien à  propos de son ouvrage consacré à  l'immigration arménienne à  Saint-Etienne: "Les Arméniens à  Saint-Etienne" (Encyclo)