Wednesday, September 23, 2020
Sur le site internet Pol'Art Noir, on peut lire encore le rêve de Jean-Louis Nogaro : " Comme beaucoup d'autres écrivains-artisans, c’est de voir un jour un de mes textes sous la forme d'un objet livre". Mission accomplie pour cet "artisan", instituteur de son état, qui peut désormais ranger dans sa bibliothèque son premier polar couché sur le papier, entre un Izzo et un Daeninckx. 

Après avoir mis son texte à la disposition des lecteurs sur le site internet sus-nommé, après les réponses négatives de nombreuses maisons d’édition, Jean-Louis Nogaro a enfin décroché le privilège (car c’en est un) d’être publié à compte d’éditeur par Chloé des Lys.

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Puisque la ville moderne a enfanté le polar et si Jean-Claude Izzo dans ses récits a fait de la cité phocéenne un personnage à part entière, notamment dans Total Khéops, Nogaro, en émule ligérien, a mis Saint-Etienne au cœur de son bouquin. Un environnement bien connu, situé avec précision (rue David, rue Michel Rondet, le Clapier, la Bourse du Travail…) qui, au fil des pages, n’est plus un simple décor mais plutôt une présence qui, sans les " bouffer" envelopperait les protagonistes. " Une histoire comme ça je ne l’aurai pas imaginé ailleurs qu’à Sainté. Les crassiers, les petites rues, le paysage minier… Un paysage qu’on retrouve aussi dans les polars nordistes. "

L’action se passe en 2002 mais on a parfois l’impression diffuse que les faits ont vingt ans d’âge. La faute à la 4L de Roger ? A la description un peu glauque du Clapier, avant que la Mangoune toute fraîche ne donne une petite teinte rosée à la gare ? N’est-ce pas tout simplement que le polar par définition est ancré dans une réalité noire, qu'on voudrait voiler, et qu’on imagine mal les scènes de crime de celui-là dans les immeubles de la place de l’Hôtel de Ville retapés en jaune ? Concernant les personnages, l’auteur ne s’étend pas sur leur psychologie: " Je voulais faire quelque-chose d’assez simple de ce point de vue, à l’image un peu des Stéphanois ",  nous dit-il. Mais on a dit "simples", pas "simplets", benêts de Lyonnais ! L’intrigue en tout cas est plus travaillée et, pour construire son canevas, Jean-Louis Nogaro est parti d’articles de journaux évoquant un mouvement de grève dans les maternités stéphanoises, un politicien local, une société de gardiennage… Restait à broder autour.

L’histoire : Hiver 2002, au Bessat, la police découvre le corps d’un Conseiller régional. Suicide ? Le capitaine Séverine n’y croit guère. Au même moment, dans un train bloqué par la neige en plein cœur du Morvan, l’épouse de l’élu écoute un jeune homme qui se prétend son fils. Accompagnée de son fils avoué et de son « frangin en devenir », Alida disparaît dans la nuit. Ces trois-là ne savent pas que des sicaires à la solde du boss d’une société de gardiennage sont sur leurs traces. A Saint-Etienne, ils sont aussi sur celles d’Assaire, un proche. A moins que ce ne soit l’inverse…
 
Un bon flic…
est un bon premier polar. Le récit mené à un rythme d’enfer augure, peut-être, de bien meilleures choses. Justement, un second polar attend chez l’éditeur. Son titre : Saint-Etienne – Santiago. Santiago au Chili, pas en Galice. Construit d’une autre manière, avec des psychologies plus fouillées, il devrait raconter l’histoire de Stéphanois embringués dans des embrouilles tordues, quand l’école française de la torture essaimait en Amérique du sud. Et le récit devrait se poursuivre à Sainté 20 ans plus tard… Tout un programme !