En 1977, Orlan se présente à  la FIAC sans y avoir été invitée et s'installe sur une estrade, derrière un distributeur inspiré des machines à  sous et recouvert de l'image de son propre buste nu. Pour obtenir un baiser de l'artiste, avec la langue, le public est invité à  faire l'offrande d'une pièce de 5 francs. Ceux que cette quête humide ne tente guère ont la possibilité de brûler un cierge à  Sainte Orlan, dont l'effigie grandeur nature se trouve à  côté. Et demander, peut-être, à  la madone de réchauffer leur coeur. Ils pouvaient aussi s'offrir les deux, les bienheureux.

Pour célébrer magnifiquement l'anniversaire d'Orlan et les 30 ans du "Baiser de l'artiste", le Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne Métropole consacre à  l'artiste la plus grande rétrospective jamais réalisée sur son oeuvre : Orlan : Le Récit.

Depuis les années 60, Orlan a traversé la plupart des grands mouvements artistiques en protagoniste hors du commun et en artiste pluridisciplinaire aux pratiques variées: peinture, performance, sculpture, photo, vidéo... Tour d'horizon ouvert dans sa vie et dans son oeuvre, ce récit charnel reprend l'ensemble de sa création, depuis les premières oeuvres plastiques dans lesquelles elle a commencé à  explorer le concept de "sculpture corporelle" et ses premières photographies, jusqu'aux plus récentes, étroitement liées au mouvement féministe, en passant par une réinterprétation de l'iconographie judéo-chrétienne. Dans celle-ci, l'artiste, partant d'une étude approfondie de la métaphore baroque en général et la Sainte Thérèse du Bernin en particulier, organise toute une déclinaison hagiographique de l'art corporel propre à  son parcours artistique.


Le drapé-le baroque (1971-1990) est le titre générique d'une série offrant de nombreuses citations et références puisées dans l'iconologie, l'histoire de l'art et la psychanalyse. Deux clichés tenaces du stéréotype féminin sont renvoyés dos à  dos: vierge noire (prostituée) et blanche (sainte).

A gauche: Sein unique, monstration phallique (1979)

Les opérations chirurgicales sont également abordées, s'agissant alors de trouver une réponse originale et provocante à  la crise de la performance. L'artiste a en effet réussi à  transformer une salle d'opération en atelier d'artiste dans lequel une oeuvre est produite, inaugurant ainsi l'évolution d'un paradigme de l'art contemporain qui montre un retour progressif aux thèmes corporels, mais d'une façon très différente de celle utilisée à  la fin des années 1960, en lien direct avec les nouvelles technologies et la biotechnologie. A voir les séries des self-hybridations (précolombienne, africaine, et dernièrement indienne), dans lesquelles Orlan poursuit son voyage numérique au travers des différents canons de la beauté esthétique, dans divers lieux et à  différentes époques, jusqu'au dernier projet toujours en cours, Le Plan du Film, basé sur l'idée de Godard de faire un film « à  l'envers ». Le Récit devient ainsi une façon de relier oeuvres du passé et du présent, révélant toute la cohérence d'une recherche artistique protéiforme.