Sunday, July 14, 2024

Elle est proposée par la loge stéphanoise L'Industrie (67 frères nous dit-on) à l'occasion de son 150e anniversaire. De nombreuses pièces ont été prêtées par le Musée de la Franc-Maçonnerie de la rue Cadet, à Paris, où se trouve aussi le siège de l'obédience, le Grand Orient de France.

Les amateurs de symbolisme ne seront évidemment pas déçus. Ceux qui s'intéressent à l'histoire locale non plus. Plusieurs panneaux expliquent la longue et mouvementée histoire de la Franc-Maçonnerie et l'intérieur d'un temple a été reconstitué. A voir notamment un plan du du XVIIIe du Temple de Salomon et une huile sur toile du XIXe représentant un tapis de loge, celle des Amis Fidèles, à Sète.

A découvrir encore de nombreuses gravures, des photographies et des objets utilisés lors des ateliers (maillets) ainsi que des tabliers de différents rites et degrés, de nombreux cordons et sautoirs. Ainsi le petit tablier d'apprenti de Paul Doumer, homme d'état assassiné en 1932. En vitrine également, des verres, des pichets décorés des nombreux symboles et même un saladier.

 

Les organisateurs ont aussi voulu rendre une forme d'hommage aux vénérables de la loge dont les noms sont gravés dans le paysage stéphanois. L'appartenance de certains d'entre eux à la Franc-Maçonnerie est assez connue du grand public. On songe au pasteur Comte notamment, le fondateur, entre autres, de l'Oeuvre des Enfants à la Montagne ou à Antoine Durafour, ministre du travail dans les années 20, père de Michel Durafour, présent à l'inauguration et dont le patronyme a fait l'objet, venant de Le Pen père d'un jeu de mots tristement célèbre. Parmi les maires, citons Jules Ledin, député par ailleurs, passementier et syndicaliste; Pierre Boudarel, premier magistrat de la ville au moment où celle-ci connaissait les évènements intenses de la Commune; le sénateur-maire Louis Soulié et Pétrus Faure, maire au début du XXe siècle, à ne pas confondre avec Pétrus Faure du Chambon-Feugerolles, beaucoup plus célèbre.

Beaucoup de politiques donc (on ne s'en étonnera guère) mais aussi un mutualiste, Eugène Joly et deux artistes: Frédéric Marty et Louis Merley. Au premier on doit des poésies sociales ("Pour les victimes", "L'antinomie sociale", "Le problème du pain"...) et symbolistes ( "L'Inconnu", "La fille de Prométhée"...) réunies dans un recueil intitulé Terre Noire. Louis Merley, élève de David d'Angers et de Pradier, a signé quelques sculptures dont les lions du Palais de Justice et l'allégorie, aujourd'hui disparue, qui ornait son fronton. Une de ses sculptures, prêtée par le Musée d'art Moderne, est exposée. Il s'agit d'un bas relief en plâtre représentant un homme nu, debout, tenant un bâton. Enfin sont évoqués les destins tragiques du docteur Mossé, Albert Lévy, négociant, et André Hémart, commissaire divisionnaire, tous déportés pendant la guerre. Sont d'ailleurs exposés des exemplaires de la revue La Libre Parole, la revue anti-judéo-maçonnique d'Henry Coston, dont le nom emprunte à un journal antisémite de la fin du XIXe, fondé par Edouard Drumont dont il est beaucoup question dans Le Cimetière de Prague, le dernier ouvrage d'Umberto Eco.

Guy Arcizet, grand maître du Grand Orient a inauguré l'exposition avant de rejoindre l'Université où il proposait une conférence sur le thème du "Partage des richesses". " On nous reproche souvent le secret, la discrétion mais nous savons nous montrer quand il le faut", a-t-il déclaré. Il a plaidé pour la mobilisation des humanistes et des républicains, évoquant "un humanisme de résistance, de combat", soulignant, à propos de la question de la Laïcité, que les "maçons ne laisseront pas le débat s'enliser". "Nous sommes des ennemis irréductibles de l'extrême droite", a-t-il aussi rappelé. Le médecin à la retraite (il a fait sa carrière dans le «93»), élu il y a quelques mois, a par ailleurs estimé "choquant" et "étrange" que dans un pays riche " toutes les femmes et les hommes qui y vivent n'aient pas droit à une part de patrimoine et de richesse. (...) Assurer une existence digne à tous; c'est ça aussi le but d' une société laïque".

L'exposition est présentée à la Serre de l'ancienne école des Beaux-Arts, rue Henri Gonnard jusqu'au 23 avril 2011. A noter encore la parution d'un ouvrage retraçant l'histoire de la loge L'Industrie. Il est signé Jacky Nardoux, auteur de précédents ouvrages sur le sujet et qui, nous indique-t-il, envisage de se pencher maintenant plus particulièrement sur la période de l'entre deux-guerres.

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