Saturday, July 04, 2020

Ouverts pendant les Journées du Patrimoine, ce sont trois édifices emblématiques de Roanne : le théâtre municipal, la sous-préfecture et la chapelle Saint-Michel. Petite visite.

Le théâtre est un véritable bijou. Situé à côté de l'Hôtel de Ville, il traduit comme lui la prospérité et l'embellissement de la cité nord ligérienne dans le dernier quart du XIXe siècle. La population y avait doublé en trente ans et de grandes fortunes s'étaient bâties grâce aux filatures de coton. Les édiles décidèrent alors de faire construire un théâtre à l'italienne. Sa réalisation fut confiée à l'architecte Barberot en 1883. Il ouvrait deux ans plus tard avec comme première représentation « Le Barbier de Séville ».

Il est remarquable par son décor intérieur très ostentatoire, tout à la gloire des arts. Sa coupole est ornée de toile peinte marouflée (collée sur le plafond). Sa finition fut confiée à l'atelier Diosse et Fils de Lyon Guillotière mais on ignore tout de l'artiste exécutant. Elle est ornée d'une figure allégorique représentant la ville de Roanne. Sous les traits d'une femme portant un flambeau, c'est la devise de la cité qu'elle évoque : « Crescam et Lucebo », « Je grandirai et je brillerai ». Autour de la coupole sont inscrits les noms de grands compositeurs : Rossini, Massenet, Mehul, Chopin, Bethoven (ainsi orthographié)... et au dessus du cadre de scène ceux de grands auteurs : V. Hugo, Molière, Corneille, Dumas... Le lustre, alimenté au gaz à l'origine, comportait 120 becs. 96 ampoules électriques aujourd'hui.

La salle est ornée de boiseries travaillées, de dorures mettant en valeur les stucs représentant des angelots et des figures allégoriques. « Les instruments de musique et les angelots qui virevoltent figurent l'opéra et la légèreté. La lyre omniprésente et les tête de lion évoquent le dieu grec Apollon et à travers lui le chant, la poésie et la lumière solaire », nous renseignent les Archives municipales dans un petit historique.

Une souscription a été lancée avec l’appui de la Fondation du patrimoine pour récolter 82 400 euros dans le cadre d'un nouveau chantier de restauration de ce décor. Le dernier date de trente ans.

La sous-préfecture était à l'origine un hôtel particulier, l'hôtel Goyet de Livron, du nom de receveurs de tailles à Roanne. Le bâtiment fut construit dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il fut racheté par l'Etat en 1850 pour y installer sa sous-préfecture. Celle-ci était auparavant localisée dans l'ancien couvent des Capucins (emplacement actuel du théâtre), de 1800 à 1824, puis rue de Cadore dans l'hôtel de Saint-Polgues (Maison des associations).

Si la sous-préfecture est inscrite, avec son parc, à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (2004), elle comporte un salon, appelé le salon bleu, qui est quant à lui classé MH depuis 1926. Cette pièce a longtemps servi de bureau aux sous-préfets qui se sont succédé ici. C'était avant la construction du bâtiment administratif en 1981. Le dernier à l'avoir occupé fut Claude Erignac, assassiné en Corse en 1998 alors qu'il était préfet. Il fut le 5e sous-préfet de Roanne sur les 16 en poste sous la 5e République (une femme : Colette Desprez de 2005 à 2008).

L'hôtel Goyet de Livron sert aujourd'hui de résidence au sous-préfet et à sa famille et le salon bleu de salle à manger. C'est un salon du XVIIIe siècle qui se distingue par son décor de style rocaille Louis XV. C'était sans doute à l'origine un petite salle de jeux. Les clés ouvrant les placards portent des symboles de cartes à jouer. Le parquet est orné d'une rosace faite de plusieurs essences de bois. Sur des toiles peintes intégrées aux boiseries sont représentées quatre des neuf muses : Thalie (muse de la Comédie), Uranie (muse de l'Astronomie), Melpomène (muse du Chant, de l'Harmonie musicale et de la Tragédie) et Erato (muse de de la poésie lyrique et... érotique).

Un autre salon, restauré il y a quelques années, mérite le détour. C'est le grand salon (ou jardin d'hiver) qui présente un décor étonnant de chinoiseries en camaïeu vert d'eau. On dirait des dessins tracés à la craie sur des tableaux verts. Un personnage en habit chinois est représenté jouant du diabolo. Sur un autre tableau, une femme chevauche un cygne. Sont représentés encore un jeu de balançoire et une femme coiffée d'un bonnet phrygien. Cette figure pourrait avoir été ajoutée pendant la Révolution. Dans les quatre coins du plafond sont représentés des phénix.

Et puis il y a dans la cour d'honneur le remarquable cèdre du Liban planté à l'honneur du passage du duc et duchesse d'Angoulème en 1815. L'arbre mesure 28 mètres (cinq mètres de circonférence). En effet, d'illustres personnages ont fait escale ici, au rang desquels le pape Pie VII et Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. Quand Marie-Thérèse de Savoie s'y arrêta en 1773, sur la route de Versailles où elle allait épouser le comte d'Artois, elle eut la surprise de découvrir dans le parc attenant un théâtre éphémère dont le décor devait servir ensuite au théâtre appelé théâtre d'Artois, dans l'actuelle rue Jean Jaurès, qui fonctionna durant près d'un siècle, avant d'être remplacé par le théâtre municipal...

Dernière étape de notre petite promenade, la chapelle Saint-Michel. C'est l'ancienne église du collège des Jésuites fondé par Pierre Coton, natif de Néronde, confesseur d'Henri IV, sur un terrain appartenant à son frère Jacques, seigneur de Chenevoux. Elle fut construite sur les plans du frère Etienne Martellange, architecte des Jésuites. Elle fut consacrée en 1626, neuf ans après la pose de la première pierre, et l'année de la mort de Pierre Coton. Avec son frère, il fut inhumé dans le choeur. Devenue en 1889 chapelle du lycée (futur lycée Jean Puy) elle fut inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1942.

D'une longueur de 40 mètres pour une largeur de 16 mètres, elle comporte notamment une nef voutée en berceau s'élevant à une quinzaine de mètres au dessus du sol. Elle est composée de 27 caissons en bois. Au XIXème siècle, le peintre italien Giovanni Zacchéo a peint tout un décor en trompe l'oeil : fausses sculptures de rosaces sur fond bleu dans les caissons de la voûte, fausses lignes architecturales, fausses statues dans des niches, par exemple dans le choeur celles de saint Pierre et saint Paul entourant le Christ. Le résultat est étonnant.

La chapelle conserve notamment la sculpture qui autrefois se trouvait dans la niche au dessus de l'entrée, entre les deux obélisques. C'est l'ange gardien de Nicolas Lescornel (1806 – 1879). En terre cuite elle y resta plus d'un siècle à partir de 1854 avant d'être déposée en 1970, car trop fragile.