C'est le rugby et non le football qui fut le premier sport collectif bien implanté à Saint-Etienne et c'est durant la période 1914-1933 qu'il perdit du terrain sur toute la ligne – il est moribond en 1939 - au profit du football en raison, d'une part, de la saignée de la Grande Guerre qui lui fit perdre de très nombreux joueurs, et d'autre part parce qu'il apparaissait comme l'expression sportive d'une élite intellectuelle voire économique. Le rugby est en effet longtemps resté marqué à Saint-Etienne par ses origines scolaires et universitaires. Durant le conflit, par ailleurs, les usines d'armement stéphanoises ont vu arriver en masse des « affectés spéciaux » originaires pour la plupart du Nord de la France et pratiquant pendant leurs loisirs, contrairement aux méridionaux, le football plutôt que le rugby. Grâce à Christian Sigel, auteur d'un ouvrage sur le sujet, nous remontons brièvement le temps pour aller à l'époque du « rugby roi » pratiqué sur des terrains de fortune, au Rond Point, sur le chemin de la Digonnière, dans un pré du Boulevard Jules Janin, etc.

C'est le 2 avril 1898 qu'apparait dans les colonnes de Lyon Sport la première mention officielle de la pratique du football à Saint-Etienne. Précisons qu'à l'époque « football » ou « football-rugby » designent l'actuel rugby, le football étant alors désigné par le terme « football association ».

L'association Football Club Stéphanois dont il est question eut une brève existence. Elle n'existe plus trois ans plus tard. A la même époque, une équipe voit le jour au sein du Lycée de garçons (Lycée Claude Fauriel) et beaucoup de ces élèves, issus de milieux moyens ou supérieurs, joueront plus tard dans d'autres clubs de Saint-Etienne. L'auteur a relevé que parmi 286 joueurs stéphanois identifiés, de 1901 à 1920, 114 ont débuté au sein de l'établissement. C'est l'Union Sportive du Lycée de Saint-Etienne dont le premier match officiel recensé a lieu le 18 mars 1900 contre les lycéens de Tournon. Dans la cité ardéchoise, les Stéphanois s'inclinent 70 à 0 !

A noter qu'il se peut qu'un de ses joueurs ait été le premier joueur tunisien de l'Histoire : un certain Chadli El Mrabet qui y jouait au poste d'avant en 1900. Autre anecdote savoureuse : ces premiers temps sont marqués par une vive rivalité avec le Lycée Ampère de Lyon. Ayant remporté en 1906 le challenge Ampère (coupe interscolaire du Lyonnais), l'Union Sportive du Lycée de Saint-Etienne refuse la saison suivante de rendre le trophée. Il faudra l'intervention d'un huissier pour que les Lyonnais le récupèrent...

Le Rugby Club Stéphanois (1901-1905) fut l'héritier du Football Club Stéphanois mentionné plus haut. Des dissensions au sein du Rugby Club entrainent ensuite la création d'une nouvelle société : le Sporting Club Stéphanois (1903-1907). Les deux premières saisons de celui-ci furent plus qu'honorables et il passa en première série pour la saison 1905 – 1906. Précisons qu'au début du XXe siècle, Saint-Etienne fait partie, au sein de l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques, du Comité du Sud-Est. Les clubs sont classés en quatre voire cinq séries au niveau national et doivent d'abord se qualifier au niveau régional pour jouer le championnat national. Hélas, ce fut à la clé une cruelle désillusion pour son premier match face au club phare du Sud-Est avant-guerre, à savoir le Football Club de Lyon, champion de France en 1910. Défaite stéphanoise 64 – 0 !

A la dissolution du club, ses sociétaires rejoignent alors le Racing Club Stéphanois nouvellement créé. Celui-ci va être marqué par William Hunt, Consul des Etats-Unis à Saint-Etienne à partir de 1906, personnage incontournable pendant vingt ans du paysage rugbystique stéphanois. Il présida le Racing Club Stéphanois, le Racing Club Forézien et enfin le Stade Forézien Universitaire. C'est grâce à lui par exemple que le RCS peut faire évoluer ses équipes sur les terrains de l'hippodrome de Villars qui va devenir ainsi un des stades fétiches du rugby stéphanois jusqu'en 1926. Citons encore l'Union Football Club de Saint-Etienne (1908-1911) mais surtout le Stade Forézien, créé en 1908, qui entraine ses deux équipes soit à Saint-Etienne soit à Firminy soit à Saint-Chamond.

Stèle au stade Geoffroy-Guichard

C'est alors le début des rapprochements et des fusions. Le Racing Club Stéphanois et le Stade Forézien officialisent leur union par une AG le 7 septembre 1910. Le club prend le nom logique de Racing Club Forézien. Il joue à l'hippodrome de Villars et son siège est situé au café Moderne, place de l'Hôtel de Ville. Ses couleurs : maillot bleu à parement d'or avec le dauphin d'or des armes du Forez sur la poitrine. Ses joueurs sont ainsi surnommés «  Les Dauphins ».

Il semble que les rapports entre les diverses composantes du club ne soient pas des plus parfaites et deux ans plus tard des anciens membres du Stade Forézien font redémarrer celui-ci en ajoutant à son nom le sigle « Universitaire » qu'il gardera jusqu'en 1948. Son aventure débute en fanfare. Le SFU dispute dix-huit rencontres et en remporte dix-sept. Le 15 mars 1913, il est sacré champion du Lyonnais, quatrième série, en s'imposant en finale à Lyon 21 à 6 contre l'A.S. Tararienne. Il monte alors en troisième série...

Source : Une histoire du rugby stéphanois, Christian Sigel, PUSE 2003. Première partie : Des débuts prometteurs (1898-1914) Un rugby initié par les classes moyennes au caractère élitiste prononcé.

Illustration: William Hunt, consul des USA à Saint-Etienne, pionnier du rugby stéphanois

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