A l'image de ce qui avait été offert en 2014 dans les Monts du Forez pour l'anniversaire de la libération de Saint-Etienne, l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de la Loire proposait le 19 mai un parcours mémoriel dans le Pilat. Cette balade gratuite en autocar était organisée avec l'Amicale Résistance Gier (ARG) que préside Michelle Destour. Avec Gérard Georgeon elle formait le duo principal de commentateurs au gré des haltes jalonnant ce parcours qui s'acheva par un remerciement au président de l'ONACVG 42, sur le départ. Ce fut, de Planfoy à La Grand'Croix, en passant par Bourg-Argental, Loire-sur-Rhône, …, une évocation des maquis, des combats menés à l'été 44 par la Résistance contre l'occupant en retraite - des soldats placés dans un climat d'insécurité - et les exactions commises par celui-ci et ses auxilliaires de la Milice, etc.

Quelques repères (le circuit n'a pas suivi la chronologie pour des raisons évidentes): 6 juin 1944, débarquement en Normandie. 19 juin 44 : chute de la « République d'Annonay » en Ardèche, 15 août 44 : débarquement en Provence, 21 août 44 : libération de Saint-Etienne. 3 septembre : libération de Lyon.

Partis du rond-point Vélocio au pied du col de la République, la première halte eut lieu sur la commune de Planfoy, sous la pluie, en bordure de la route nationale 82 près du monument érigé en hommage à deux pilotes automobiles décédés lors d'une course en 1923. Ce qui n'a strictement rien à voir avec le sujet qui nous intéresse. Mais ici aucune plaque ne rend hommage à Claude Legat et Jean Robin, deux résistants originaires respectivement de Saint-Etienne et Saint-Lô (Manche) abattus par la Gestapo dans les bois environnants le 10 juillet 44. Plus loin, à La Versanne, une petite plaque commémorative honore le sacrifice de six hommes du maquis de l'Armée Secrète de Vanosc (Ardèche), tués lors d'accrochages le 14 juin 44. Leurs noms : Rozant, Vallet, Deschaux, Spotti, Loux et Roset. Ces jeunes gens étaient natifs de Grenoble, Villeurbanne, Lyon, Annonay, du Haut Rhin, d'Italie. Quelques jours plus tôt, dans l'enthousiasme prématuré du débarquement allié en Normandie, un message était envoyé au maréchal Pétain : « Annonay libéré par ses propres moyens a proclamé la République et ne reconnaît plus votre autorité. » Le 14 juin toujours, Jean Flouret, qui ne semble pas avoir vraiment appartenu à la Résistance, était assassiné non loin de là, à Bourg-Argental.

La Versanne fut le théâtre peu de temps après (20 juillet 1944) d'un autre événement dramatique. Des maquisards s'étaient installés dans une ferme des Grands-Bois au lieu-dit « Les loges de Montheux ». Une vingtaine furent abattus dont une femme. Pour la plupart, ils étaient d'origine polonaise et mineurs de profession.

La pause déjeuner dans une salle mise à disposition par la municipalité de Bourg-Argental fut l'occasion pour Gérard Georgeon d'évoquer le débarquement en Provence et la progression de la 1ère armée française le long de la vallée du Rhône. Le 1er septembre, elle défilait dans Saint-Etienne. L'ONACVG 42 a publié un livret sur les engagés volontaires de cette armée en cours de route. Ainsi Philippe George, de Saint-Genest-Malifaux, qui l'intégra dans le 5e Régiment de Chasseurs d'Afrique et conduisit un char Sherman, ou bien Denis Dumas, de La Talaudière, ancien résistant des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF) qui trouva la mort en Allemagne...

Sur les hauteurs de Bourg-Argental, deux stèles en bord de route. La première mentionne la mort, le 17 juillet 44, d'Emile Racamier et Henri Sauvignet, « tombés pour la Libération » à Burdignes, l'autre, celle, quelques jours plus tôt (2 juillet), de Marcel Millier, Joseph Gaitet et Francis Baulier ; celle-ci précisant que ces trois là ont été « lâchement massacrés par la Gestapo et la Milice ».

Racamier et Sauvignet faisaient partie des FTPF. Tous deux blessés après un combat contre les Allemands, ils auraient été achevés à coups de crosse. Rappelons en passant, en schématisant, que l'Armée Secrète était d'obédience gaulliste et les FTPF l'émanation du Parti Communiste. Francis Baulier est peut-être le moins inconnu. Une rue porte son nom à Saint-Etienne. Il y était élève à l’École Nationale Supérieure des Mines. Il fut arrêté avec un certain Bécat en tentant de dérober un véhicule à Saint-Etienne. « Bécat fut grièvement blessé et son corps abandonné à Rochetaillée », précise Michelle Destour. Baulier fut abattu au col du Banchet avec les deux autres, arrêtés à Saint-Pierre-de-Bœuf. La présidente de l'Amicale Résistance Gier évoque aussi Auguste Mourelon, de Bourg-Argental, abattu sommairement par la Milice en juin 1944 à Saint-Marcel-Les-Annonay (Ardèche) alors qu'il circulait à vélo...

Nouvelle halte, cette fois à 400 mètres du belvédère de la Faucharat. Sur le rocher est scellée une plaque dédiée à Sylvain Mathon, un habitant de Maclas tué le 1er juillet 44. Toujours d'après l'ARG, il était membre de l'AS et faisait la liaison avec les FTPF du camp Champommier dans le Pilat.

A Saint-Michel-sur-Rhône, la stèle porte neuf noms et rappelle le combat du 31 août 1944. Ces résistants appartenaient au groupe Ange du réseau Buckmaster, du nom de Maurice James Buckmaster, chef d'une section du Special Operations Executive (services secrets britanniques) en charge des actions de sabotage et de soutien à la Résistance intérieure française. Au loin le Mont Monnet où s'installa un maquis de la vallée du Gier et l'occasion pour Gérard Georgeon d'évoquer en aparthé les « Justes parmi les nations ». Ainsi c'est dans le Pilat, à Marlhes, que le Stéphanois Charles Fiterman, futur ministre des transports (PCF), trouva refuge pendant l'Occupation.

Quatre étapes vont encore jalonner ce parcours. Heureusement, la pluie s'est éclipsée... A Chavanay d'abord vers l'ancien pont sur le Rhône pour se souvenir d'Edmond Chol, un jeune de la commune fusillé à l'âge de 23 ans à Lyon le 25 août 44 et dont la dépouille, d'après l'inscription, fut jetée dans le fleuve. A Ampuis, dans le Rhône, Georges Moussier, n'était qu'un gamin (14 ans !) quand il fut exécuté fin août 44. A Loire-sur-Rhône se trouve un monument assez imposant – quoique mal situé – avec une croix de Lorraine surmonté de deux grandes ailes. Il est dédié à Renée Peillon, « icône de la Résistance de la vallée du Gier », dixit Michelle Destour, évoquée en ces terme par l'inscription : « Jeune et ardente patriote, animée des plus belles vertus nationales... ». Elle était née à Saint-Chamond. Blessée par balles alors qu'elle observait les mouvements de la garnison des Allemands de Vienne, victime de sévices, elle succomba le 30 août 1944 à l'hôpital de Givors. Sa sœur Denise fut également une grande figure de la Résistance ligérienne. Enfin, c'est à La Grand'Croix que s'acheva notre parcours, vers la stèle rendant hommage aux six victimes de « la barbarie nazie fusillées le 12 août 1944 » en représailles à une attaque menée par des résistants.

Pour en savoir plus, nous invitons à consulter le site biographique des Fusillés... 1940 à 1944

> Le combat de Saint-Michel-sur-Rhône (FI)

> Parcours Estivareilles 2014 (FI)

> Autour des Fusillés (FI)