Wednesday, June 03, 2020

Ils ont enfanté bien des légendes et fantasmes, ces blocs de pierre ou constructions hérités des temps brumeux. Il faut remercier les éditions EMCC d'avoir publié un inventaire de ces sites énigmatiques, et de l'avoir fait sous une forme de petit guide touristique éclairé, avec notices, cartes et chronologie.

L'ouvrage, dans la collection « Des itinéraires qui racontent l'Histoire », tient dans la poche et ne coûte que 5 euros. L'auteur est Stéphane Orsier qui a également signé un livre pour enfants : Le trésor des fées du Pilat. En 128 pages, il inventorie 17 sites témoignant plus ou moins de la présence des hommes dans le massif depuis des millénaires, donnant pour chacun une notice, des photos et un plan de localisation géographique. Les plus célèbres ? Le Pic des trois dents et son étrange muraille, la Font-Ria, les Roches de Marlin, la Pierre des trois évêques... Dans le Pic des trois dents, Louis Dugas, en 1927, avait cru voir un des vestiges les plus intéressants et conservés dans nos contrées des lieux de rassemblements druidiques...

Un croquis détaille les sites les plus complexes, par exemple le Moulin à vent, à Pélussin, comprenant un ensemble de murailles pouvant faire jusqu'à dix mètres de large pour une hauteur de trois mètres et sur lequel furent recueillis dans les années 70 des silex datés du Paléolithique final ou de l'Epipaléolithique. Pour y voir plus clair, une chronologie est proposée dès les premières pages, du Paléolithique Moyen à l'Age du Fer.

L'auteur, qui cite dans ses notes quelque vingt parutions, les plus anciennes (Description du Mont Pilat de Jean Du Choul, 1555), les bulletins des sociétés d'Histoire et d'archéologie (la Société Préhistorique Française par exemple), etc., nous explique qu'en 1969, « une industrie de silex a également été recueillie près de la source de Font-Ria (Saint-Genest-Malifaux)... » et, au lieu-dit La Moutarie, à la Chapelle-Villars, « de la céramique protohistorique à décor formé de deux lignes de triangle impressionnés sur la panse ». Au château de Bélize, au nord de Pélussin, en 1973, ce fut « un peu de céramique protohistorique correspondant à l'âge du Bronze final ou Premier Age du Fer.

Concernant les mégalithes, il mentionne dans le Pilat un menhir de 4 mètres de haut – le fameux menhir du Flat à Colombier -, plusieurs tumulus, une belle pierre à glissades et de nombreuses pierres à cupules... La pierre à glissades est située à Triolet, au nord de Pélussin encore. Le lustrage de sa paroi en pente, sur une bande de 5 mètres de long, serait le souvenir d'anciens rituels de fécondité. Le Pilat n'est pas chiche de ces anciennes traditions issues du paganisme le plus ancien, en lien avec la fécondité, le mariage ou l'enfance. Stéphane Orsier évoque des pratiques sur la pierre Saint-Martin de Rambert, à Saint-Just-Malmont, au Crêt de Chaussitre à Saint-Régis-du-Coin...

Le lecteur parcourera aussi avec intérêt une page illustrée sur les voies anciennes du Pilat, ces « chemins pavés de roches irrégulières savamment posées, bordés par endroits de garde-corps (par exemple à Saint-Sauveur-en-Rue, ndFI) ou de roches posées en vedette en vue des chemins ou sentiers secondaires qui ont toujours posé problème aux historiens quant à leur date de réalisation ».

Stéphane Orsier conclut avec de larges extraits de divers ouvrages : Essai de classification des monuments pré-historiques du Forez (Pierre Gras, 1872), Etudes d'archéologie préhistorique (F. Gabut, 1901), et surtout Monuments celtiques du Mont Pilat et de ses environs (L. Dugas, 1927).

Illustrations : la Font-Ria (FI) et le menhir du Flat (CPA), Stéphane Orsier, photographié à la librairie de Paris (FI)