Wednesday, June 23, 2021

Une première brève avait été publiée sur notre portail en 2007 en écho à La Liberté, journal du Forez et de la Loire, hebdomadaire de 12 pages à 0,60 euro, qui avait fait sa Une avec Anne Dauphine, duchesse de Bourbon, comtesse de Forez et dame de Beaujeu. Ce qui nous avait bien plu étant donné notre caractère romantique et en comparaison des gros titres de faits divers dont on nous afflige à longueur de temps.

On l'avait augmentée en 2011, sous le titre que nous réutilisons, à l'occasion d'un spectacle nocturne et à partir des actes d'un colloque de La Diana organisé en 2010 sur le thème « Forez et Bourbon » (ici les publications de Dominique Laurent et Olivier Troubat). Voici une petite restauration un brin iconographique. Entre-temps, la prieurale de Souvigny, dans l'Allier près de Moulins, nécropole des ducs de Bourbon où repose Anne Dauphine, a été érigée en « sanctuaire de la Paix ». C'était en 2017, 600 ans après sa mort à Cleppé.

Anne Dauphine nait en 1358. Fille et unique héritière de Béraud II Dauphin d'Auvergne, et de Jeanne, comtesse de Forez, elle épouse en 1371 son cousin Louis II, duc de Bourbonnais (1337-1410). Celui-ci conduisait déjà des soldats contre l'envahisseur anglais alors que sa future épouse n'était pas encore née, en 1357 – nous sommes en pleine guerre de Cent Ans. Forez, Bourbonnais et Auvergne étaient alliés pour la cause. Une première union maritale s'était d'ailleurs produite entre Forez et Bourbonnais. La grand-mère d'Anne, qui s'appelait également Jeanne, était une Bourbon, car fille de Louis 1er et de Marie de Hainaut, et comtesse de Forez par son mariage avec Guy VII (de Forez) entre 1325 et 1336. Elle était la tante de Louis II, époux d'Anne. C'est Game of Thrones ! Elle joua sans doute un grand rôle dans la formation d'Anne Dauphine aux affaires publiques, écrit Dominique Laurent.

Mais il nous faut passer sur toutes les péripéties (morts de Guy VII et son fils Louis à la bataille de Brignais, « l'imbécilité » de l'autre fils, Jean, l'oncle régent méchant, Renaud, « le coup d'état forézien »...) pour en arriver à l'épisode que nous attendons, celui qui fait la part belle à Anne Dauphine, dernière comtesse du vieux Pagus Forensis, entré dans le giron bourbonnais en 1380, de même que le Beaujolais vingt ans plus tard.

Dominique Laurent nous explique qu'Anne a d'abord passé dix ans à la cour de France (entre ses 12 et 22 ans) auprès de la reine, la sœur de son époux, et qu'elle y fut préparée à son rôle d'intendance. Son mari à la guerre ou à Paris, elle organise « quant à elle, son temps entre le Bourbonnais et le Forez. Elle visite ainsi régulièrement Varennes, La Pacaudière, Saint-Haon-le-Châtel, lors de ses déplacements entre Moulins (ou Souvigny) et Cleppé (ou Montbrison). Plus que le duc, c'est elle qui affirme, dans l'ensemble bourbonnais, la présence du pouvoir seigneurial... ».

Dans un royaume déchiré par la guerre civile, elle assure la sécurité du Forez face à la menace anglaise et initie avec Marie de Berry, sa belle-fille, une politique d'« abstinence de guerre » (de neutralité). Elle fait hommage au remuant duc de Bourgogne des terres qu'elle détient en Beaujolais. C'est une femme, juge l'auteur, qui n'aime pas se mettre en avant, qui n'aime pas le pouvoir pour le pouvoir, mais une femme de devoir, ayant exercé « ce qui ressemble bien à une régence après la mort de Louis II ».

Christine de Pisan a écrit d'elle dans la Cité des dames qu'elle « doit être citée dans les princesses renommées... et qu'elle est fort honorée et digne d'être respectée en toutes choses ».

Illustrations :
- visuel du spectacle « Anne Dauphine, la Dernière » proposé en 2011 par la compagnie Métafor dans le cadre des Nocturnes de Montbrison

- une de l'hebdomadaire montbrisonnais La Liberté du 23 février 2007. Illustration montrant Anne Dauphine et son époux Louis II de Bourbon extraite de l'Armorial dessiné par Guillaume Revel vers 1450

- le célèbre vitrail de la collégiale de Saint-Bonnet-le-Château représentant Anne Dauphine sortant de son oratoire en l'an 1403

- illustration en couverture de Sculptures foréziennes de la Renaissance de Félix Thiollier (1892) légendée « pierre sculptée de la façade intérieure du château de Chevrières »

- Gisants de Louis II et Anne Dauphine à Souvigny (gravure anonyme, BnF). Noter la « ceinture d'Espérance » (Wikipedia)

Lire aussi:

> Les incunables de Montbrison (2015)

> La Diana (2012)

> Le château de Bouthéon (2007)

> Remonter le temps avec Guillaume Revel (2007)