Thursday, January 20, 2022

Il y a à Saint-Etienne, à Monthieu, une stèle assez imposante qui rend hommage à Albert Jacquet. On l'avait photographiée sans savoir qui était cet Albert Jacquet, qui avait tout l'air d'un brave homme, si l'on en croit l'inscription sur le monument, et mis la photo de côté.

Quelque dix ans plus tard, l'exposition des Archives Municipales consacrée à Casino nous permet de la ressortir. Albert Jacquet a incarné, nous apprend-elle, « la fibre sociale » de Casino. Proche de Geoffroy Guichard (1867-1940), entré dans l'entreprise à l'âge de 14 ans, il en devenait vingt ans plus tard le secrétaire général. Il développa, entre autres, les cours professionnels pour le personnel, participa à la fondation de la clinique mutualiste et oeuvra à l'habitat populaire en créant en 1910-1911 avec le fondateur de Casino la Société des Cités-Jardins de Saint-Étienne. Son nom a été donné en 1959 à un groupe d'immeubles construit par les Cités-Jardins, rue Burdeau (« Cité Albert Jacquet »).

Les premières constructions des Cités-Jardins (société reprise par Cité Nouvelle et sortie de la tutelle de Casino en 2000) furent réalisées à proximité de la rue de La Montat où Geoffroy Guichard avait installé dès 1898 son premier entrepôt et où déménagea le siège social de l'entreprise (1911). Les projets essaimèrent ensuite dans d'autres quartiers, une partie des logements étant réservée aux salariés de Casino. A la fin des années 1960 (sous le mandat de Michel Durafour) sortaient de terre les trois tours de Monthieu nommées « Caravelle », « Mirage » et « Concorde ». En 1969, la Société des Cités-Jardins, alors présidée par Antoine Guichard (1926-2013) avait construit à Saint-Etienne, depuis sa fondation, 1044 logements.

L'exposition retrace donc l'histoire de l'entreprise stéphanoise et son emprise locale – dans les années 1980, elle est le premier employeur du département. Ce sont d'abord des lieux: le 5 rue des Jardins (l'actuelle rue Michel Rondet), le berceau dans l'ancien « Casino lyrique » de ce qui fut d'abord une épicerie familiale, le siège de Châteaucreux, inauguré en septembre 2007 sur l'Esplanade de France mais situé désormais, depuis le 21 octobre 2016, sur le cours Antoine Guichard. Une date pour une nouvelle dénomination qui en rappelle une autre, celle du 21 octobre 1997 qui avait vu à Saint-Etienne une grande manifestation, « la marche du siège », contre l'OPA hostile lancée par Promodès (magasins Continent, Champion...). C'est l'usine de chocolaterie du Pont-de-l'Ane, le Géant de Monthieu, qui ne fut pas le premier (Marseille) mais dont le premier anniversaire, en 1973, donna lieu à la performance très médiatisée du célèbre Henry's... L'ASSE et son stade y figurent bien sûr en bonne place, sans oublier le Musée d'Art Moderne, conçu par l'architecte Didier Guichard (1936-2002), le mécénat d'Antoine Guichard, les projets avortés à Monthieu (Le Corbusier), aux Ursules et au Pont-de-l'Ane (« Cité des Echanges »).

Cette exposition, dans le cadre des 120 ans de Casino, inaugure une série d'événements qui se déclinera dans plusieurs établissements culturels stéphanois jusqu'en décembre 2019. En 2016, le groupe Casino et la Ville avaient signé une convention de dépôt du patrimoine historique de l'entreprise. 400 objets, 5 000 films et 200 mètres linéaires d'archives sont ainsi entrés dans les collections et fonds du Musée d'Art et d'Industrie, de la Cinémathèque et des Archives.

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