Monday, September 21, 2020

Place Boivin à Saint-Etienne, la Grand'Eglise - la Grand, familièrement - a été bâtie au XVe siècle sur les restes d'une église primitive et agrandie au XVIe. Elle est dédiée à saint Etienne, premier martyr de la Chrétienté (lapidé) et saint Laurent, martyrisé pour sa part sur le grill bien plus tard et devenu patron des pauvres. Il s'agit d'un édifice gothique forézien inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1949, exception faite de la partie haute du clocher. Celui-ci fut en partie démoli dans le courant du XIXe siècle et reconstruit en briques. Il fut restauré en...1973.

- Un tricéphale (trois visages réunis en une seule tête) accueille le visiteur et/ou croyant à son entrée. Il s'agit d'un symbole très ancien que l'on retrouve dans les traditions celtiques, réemployé dans le christianisme pour symboliser la Trinité. Il y a dans la collégiale de Montbrison une figure similaire.

- Un certain nombre d'objets qu'elle contient sont classés ou inscrits aux monuments historiques, notamment un ensemble sculptural représentant la mise au tombeau du Christ, classé en 1961. En bois de noyer peint polychrome, « un peu naïf et rudimentaire », ainsi que nous le lisons sur place, on le doit à Guillaume Fontaine, un artiste montbrisonnais du XVIIe siècle. Quatre personnages, sur les douze prévus, n'ont sans doute jamais été réalisés. Un autre a été perdu au fil du temps. On remarquera la taille du Christ, bien plus grande que celle des autres personnages.

- La Grand'Eglise a servi d'écurie et de forge. Ecurie lors des guerres de religions quand les Protestants commandés par Sarras, gouverneur d'Annonay et lieutenant du terrible baron des Adrets, investirent Saint-Etienne en octobre 1562. Huit ans plus tard, rebelote. L'Amiral Coligny aurait fait manger ses chevaux sur le maître-autel... Pendant la Terreur, en 1793-1794, elle fut transformée en atelier de forge pour y fabriquer canons et fusils.

- La dépouille mortelle du curé Colombet y fut transférée. Guy Colombet (1632-1708), était originaire du Jura. Prêcheur réputé, il officia ensuite pendant des décennies dans la Grand'Eglise. Il fut à Saint-Etienne le fondateur, entre autres, de l'hospice de la Charité et de plusieurs écoles gratuites. « Ce prêtre réalisa le rêve du parfait pasteur, et ses actes le classent parmi les précurseurs de nos grands philanthropes », a écrit Pierre Chapelon en 1904 dans son Saint-Etienne pittoresque. Il avait d'abord été enterré dans la chapelle de la Montat qui était située vers l'actuelle place Fourneyron. Serge Granjon, dont le texte publié dans Centre Dimanche en 1993 est reproduit dans l'église, précise que c'est en 1862, au cours de travaux sur la place que furent découverts ses ossements ainsi que ceux de trois autres bienfaiteurs, victimes de leur dévouement au temps de la peste: les pères Cyrille, Epiphane et Toizac. Le transfert de leurs restes intervint en 1866.

Fusain de Pierre Chapelon montrant le curé Colombet accueillant les pauvres dans son église

- Un des tableaux classés est celui représentant le Voeu de la ville. Nous revenons au temps de la peste. Peint en 1630, il représente les consuls de la cité, les Capucins et saint Etienne implorant la fin du fléau. Un jour de l'année, le 21 novembre, fut déclaré chômé pour participer à une grande procession et célébrer une messe. Même en 1793, nous dit l'abbé Dorna dans son Histoire de Saint-Etienne, soit un mois avant la fermeture des églises stéphanoises et la reconversion de la Grand en forge (lire plus haut), cette tradition fut respectée et la procession emmenée par le curé de l'époque, Sonyer-Dulac.

- Une des chapelles de l'église porte le nom des Paulat. Dans cette chapelle, qui conserve une toile du XVIIe (classée MH) représentant l'adoration des Mages, on apercevra aussi une petite sculpture rappelant le souvenir de cette famille de notables. Il s'agit d'un angelot brandissant un « P » terminé par une roue, symbole des charrons, métier d'origine du donateur.