L’artiste stéphanois Jean-Marc Cerino propose à la galerie IAC (rue de la Mulatière à Saint-Etienne) une exposition construite autour d’œuvres récentes, des dessins au brou de noix et des figures de rêveurs debout, les yeux fermés.

La série de dessins intitulée « Repentirs de l’histoire » a été réalisée d’après des photographies qui toutes témoignent de la barbarie du XXe siècle, de la Première Guerre mondiale jusqu’à « Tempête du désert ». Les ruines martyres de Guernica et d’Oradour côtoient les amas de corps anonymes. Des suppliciés font face au peloton d’exécution et des Anglais ( ?) stoïques lisent en plein blitz. Nous n’avons pas rencontré l’artiste. Dommage, il aurait fallu l’interroger sur le choix des photographies. Pourquoi par exemple avoir préféré sur un thème à peu près similaire, le soldat fauché dans son élan, le tommie de 14-18 plutôt que le soldat républicain de Capa, en 1935 ? Mais aussi sur d’éventuelles intentions politiques. Voilà un dessin en particulier qui pourrait avoir valeur de manifeste à l’heure actuelle : « Repentir Génocide arménien ».

En vis à vis de ce cauchemar, les figures debout ont les yeux fermés. Il s’agit de philosophes et d’artistes invités par Cerino à dévoiler un peu de leurs rêveries : « Chers amis, votre portrait en “rêveur debout” s’inscrit dans un ensemble convoquant des penseurs, philosophes, artistes … Il s’agit moins d’évoquer le rêve que la rêverie, le songe de celui qui imagine le monde qu’il souhaiterait habiter. Inventer le monde au lieu de le renier ou le subir. Je sollicite chacun d'entre vous afin qu'il me fasse parvenir un texte... »

Les textes qu’ils ont communiqués accompagnent leurs portraits. Regardons d’abord les visages et les postures de trois d’entre eux. Gérard Conio a les yeux très clos. Les mains le long de son corps, il semble tourmenté mais fait face. Jean-Luc Nancy, un peu abattu et emmitouflé a les mains dans les poches et semble somnoler, plutôt que rêver. Francis Jarauto, au contraire, a la tête légèrement inclinée vers le haut. Son visage intello semble plus serein, comme s’il recueillait les rayons du soleil.

Que nous disent-ils en partie ces ces trois là ? Conio « pense aux absents, aux morts, aux suicidés, à ces noirs habitants des limbes… » à tous ceux qui sont dans la fosse commune de la mémoire et de l’histoire. Nancy nous dit qu’il ne renie pas ce monde, qu’il le subit. Mais pas comme s’il subissait une peine, plutôt une évidence. Le secret de Jarauto est à rechercher dans le regard d’Ulysse. Il invite à la découverte de l’autre, car « le véritable laboratoire de la connaissance est le voyage ».

Quelqu’un a écrit – qui ? – que l’année 1914, a marqué l'entrée dans le XXe siècle. Au final, il faut toujours espérer et rêver un siècle meilleur. Mais Conio, Nancy et Jarauto nous montrent qu’on ne rêve pas de la même manière et que l’avenir se construit surtout sur les cendres de « l’avant ». Le 11 septembre 2001 a-t-il clos le XXe ou inauguré ce que sera le XXIe ?

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-Dépositions III, jusqu’au 14 janvier 2007, ouverte les samedi 23 et 30 décembre, 6 et 13 janvier de 15h00 à 18h00, au 28 rue de l’éternité à Saint-Étienne.
-Chez Paolo, exposition du 16 décembre 2006 au 13 janvier 2007, ouverte du mardi au samedi de 18h00 à 23h00, au café 9, rue François Gillet à Saint-Étienne.
-Songes de Seuil, galerie IAC, 37, rue de la Mulatière, jusqu’au 20 janvier 2007.