Wednesday, September 23, 2020

L' article qui suit (récupéré) a été publié dans nos pages après la sortie du livre de Michel de Grèce dont il est question. La première photo a été pompée sur la toile, on ne sait plus sur quel site. Les deux autres sont à nous. Elles montrent la ceinture Espérance des ducs de Bourbon - "Espérance" étant leur devise - sur un vitrail de la collégiale de Saint-Bonnet-le-Château, et le cerf ailé, autre symbole de leur lignée, sculpté dans le château de Bouthéon. Il y a eu des repérages dans ce château pour l'émission L'ombre d'un doute de Franck Ferrand (France 3), dans un numéro consacré à François Ier, diffusé courant 2015. En 2012, cette triste histoire avait été aussi été traitée en bande dessinée dans un numéro de la série "Histoires de France" de Lorant Deutsch, qui y fait mention du château de Montbrisson (sic), et qui nous montre le Connétable, peu avant sa mort, haranguer ses troupes et crier sa belle devise...

NdFI le 9 août 2017

Parmi les syndromes du voyageur, celui de Florence est connu depuis Stendhal. De nos jours encore, chaque année, les urgences des hôpitaux transalpins accueilleraient des touristes en proie à des délires extatiques. Parce qu'ils ont caressé des yeux les merveilles de l'art et touché du doigt les tombeaux des génies, les voilà qui prennent à la lettre les mots fameux "Voir Rome et mourir" ! Non disons bien Rome et non Naples pour coller au sujet de cette page.

Il y a aussi le syndrome de Jérusalem, caractérisé par l'envie brûlante de se purifier de ses péchés. Un autre a pour nom le syndrome indien. Il touche les occidentaux en goguette en Inde, qui, happés par l'imprégnation extrême de toute la société par la (les) religion(s) et étouffés par la densité de la population, sombrent corps et âmes dans le sentiment océanique.

Le prince Michel de Grèce a-t-il été submergé à Bhopal ? Ou est-il la dernière victime de la catastrophe chimique de 1984 ? Ce n'est pas à nous de le dire. Les médecins et les historiens établiront leur diagnostic et dresseront aussi le nôtre, s'ils le veulent. En effet, dans son dernier livre, Le Rajah Bourbon, il affirme qu'un Indien de 48 ans est le descendant de Charles III de Montpensier, duc de Bourbon et, entre autres titres, comte de Forez. Du coup, notre homme qui a pour nom Balthazar Napoléon de Bourbon (!) serait le premier dans la ligne de succession au trône de France. Autrement-dit, le seul maître légitime du pouvoir en France n'est ni le comte de Paris, ni le prince espagnol Luis, ni même le Medef mais un avocat à la peau basanée qui ne parle pas un mot de Français ! Et ce par la grâce des dieux à tête de vache et 10 000 bras !

Remontons le temps et essayons de rester au plus près de nos frontières pour ne pas sombrer dans un champ de lys. En 1372, la seconde famille des comtes de Forez , la maison d'Albon, s'éteint en même temps que Jean II, qui rend l'âme sans descendance. Sa mère, Jeanne de Bourbon administre le comté. En 1382, elle cède ses droits à sa petite fille Anne-Dauphine qui a épousé Louis II de Bourbon. Une nouvelle période débute dans l'histoire du Forez qui fait désormais partie des immenses possessions des Bourbon. En quelque sorte, c'est la fin du Forez autonome.

Les Bourbon, descendants de saint Louis, ont pour capitale la ville de Moulins. Au fil du temps, les successeurs de Louis II deviendront tout à la fois ducs du Bourbonnais et d'Auvergne, seigneurs d'Annonay, du Roannais, comtes de Forez, de Clermont en Beauvaisis, de Montpensier, de La Marche et de Gien, etc. Quand il nait en 1490, Charles III de Montpensier est à la tête d'un territoire de 26 000 km carrés ! Il est aussi le cousin de François Ier et Connétable de France grâce son action décisive à la bataille de Marignan. En revanche, son union consanguine avec sa cousine Suzanne de Bourbon n'est pas bénie par la naissance d'un enfant. Quand son épouse meurt en 1521, la question de la succession se pose inévitablement. Deux ans plus tard, Charles reçoit à Montbrison Adrien de Croyes, envoyé par Charles Quint, s'échappe du royaume et passe au service de l'Empereur germanique, en guerre contre le royaume de France !

Charles III de Bourbon devient pour des générations d'écoliers le traître que Bayard, "sans peur et sans reproches" et qui fut son ami, rabroue au seuil de la mort: « Il n'y a point de pitié à avoir de moi, car je meurs en homme de bien. Mais j'ai pitié de vous, qui servez contre votre prince, votre patrie et votre serment. »

Parmi les proches du Connétable compromis dans cette sombre affaire, il y a aussi Jean de Poitier, le propre père de Diane de Poitier que Charles rencontra, pour un conciliabule, le 15 juillet 1523 au château de Bouthéon, en présence d'Antoine de Chabannes, évêque du Puy, Jacques Hurault évêque d’Autun et Hector d’Angeray de Saint Bonnet les Oules. Ils sont arrêtés sur ordre du roi à Lyon. Pour expliquer cette trahison, sinon la justifier, les historiens pointent du doigt la félonie, vraie ou supposée, de Louise de Savoie, la mère de François Ier qui, au terme d'une longue procédure judiciaire, avait obtenu en 1522 un séquestre du parlement de Paris; séquestre qui déssaisissait Charles de l'héritage de son épouse !

Toujours est il que les armées françaises subissent revers sur revers. Bayard est tué. L'Amiral de Bonnivet, un Forézien, aussi. François Ier est fait prisonnier. Trahi lui-même par Charles Quint, Charles III meurt finalement alors qu'il assiégeait Rome en 1527 ! Cette même année, les domaines des Bourbon sont confiqués et le Forez revient à Louise de Savoie qui le lègue en 1530 à son fils François Ier. En 1531, elle meurt et le Bourbonnais est lié définitivement à la couronne. Et le Forez avec lui, qui fera fête au roi lors de sa venue à Montbrison en 1536.

L'idée d'une descendance du Connétable n'est pas nouvelle. Michel de Grèce s'appuie en effet sur un livre paru en 1882 sous le titre Le Fils du connétable, écrit par Louis Rousselet. Charles de Bourbon aurait en effet eu un fils caché: Jean-Philippe de Bourbon. Elevé hors des frontières de France, le prétendant ducal aurait tenté à 18 ans de rejoindre la France pour faire valoir ses droits mais une attaque de pirates à la solde du roi de France l'en aurait empêché. Vendu comme esclave en Egypte, il serait devenu l'un des proches du vice-roi Daoud Pacha avant de gagner l'Ethiopie puis l'Inde où il apprend des années plus tard qu'une branche cadette de la famille de Bourbon est montée sur le trône en la personne d'Henri IV. D'après l'écrivain, si la lignée du Connétable de Bourbon est l'une des héritières du trône de France, l'Indien Balthazar Napoléon peut légitimement y prétendre.

On trouve sur le site internet 20minutes.fr ces propos prêtés à M. de Bourbon: "Si Jean-Philippe est dans la ligne directe de succession, alors je le suis aussi. (...) Ce qui compte avant tout pour moi, c'est le lien familial. Les gens doivent savoir qu'un descendant de Jean-Philippe vit toujours (...) Nous avons le même sang, du sang français, du sang royal. (...) La reconnaissance serait de nous donner le titre de "duc de France" ou 'duc de Bourbon". Conférer ce titre aux Bourbon d'Inde serait une manière de reconnaître les souffrances endurées par ma famille obligée d'émigrer en Inde."

Notre sentiment est qu'il faut envisager d'adjoindre à ces titres, si leur légitimité est prouvé, celui de comte de Forez. Mais nous pensons savoir que le comte de Neufbourg, dans les années de l'après guerre, a déjà décerné à Henri d'Orléans ou à son fils le titre en question. Est-il de courtoisie ? Dans tous les cas, la question doit être posée.

Sur ce, Hare Krishna !