Saturday, December 05, 2020

Le film « Dunkerque » de Christopher Nolan est sorti en 2017. On y retrouvait, entre autres, Tom Hardy (« The Revenant », « Mad Max, Fury Road »...) et l'excellent Cillian Murphy (« Antropoid », « Au cœur de l'océan », « Inception », « Peaky Blinders »...).

Le réalisateur britannique s'était frotté cette fois-là à une page dramatique et glorieuse de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale: l'évacuation dantesque de Dunkerque en mai-juin 1940 du Corps expéditionnaire britannique, pris en tenaille par l'armée allemande. Pour ce qui est de la dramaturgie, on pouvait certes faire confiance au génial auteur d'« Inception » et « Interstellar ». Et bien sûr, on se doutait bien que les Français ne joueraient pas un grand rôle dans une production anglo-saxonne. Des soldats français sont quand même montrés brièvement en début de film couvrant la retraite des Anglais. Un d'entre eux ne cache d'ailleurs pas un certain mépris pour l'allié qui file à l'anglaise. On se souvient aussi de notre professeure d'Histoire qui nous disait que des Anglais ont rejeté à la mer des soldats français qui tentaient d'embarquer...

C'est que ce «miracle », pour reprendre le mot de Winston Churchill, ne doit pas qu'à l'erreur stratégique d'Hitler. Il est dû aussi à l'héroïsme des troupes françaises dans la poche de Lille – salué dans ses mémoires par Churchill. Parmi ces 40 000 soldats, sous les ordres du général Molinié, qui firent face pour couvrir leurs camarades, se trouvaient ceux du régiment de Saint-Etienne, le 38e RI. C'est même un groupe de ce régiment qui aurait réussi à capturer un haut gradé allemand. C'est ce qu'indique – on fait confiance...- un bulletin des Amis du Vieux Saint-Etienne de 2002. Le général commandant les troupes allemandes accorda les honneurs aux soldats français; ce qui lui valut d'être limogé par Hitler.

Rappelons que plus de 300 000 soldats, Britanniques en majorité, purent ainsi rejoindre l'Angleterre grâce à une myriade de bateaux de tous types. Albion put poursuivre la guerre et dégommer plus tard, après la capitulation, et sans grand risque, la flotte française mouillée sans défense à Mers-El-Kebir... tandis que les soldats français évacués, pour nombre d'entre eux, allaient revenir sur leur sol et finalement aller croupir dans les stalags allemands...

Le Siroco (ou Sirocco), lui, ne parvint pas à traverser la Manche. Ce torpilleur français fut attaqué par des vedettes lance-torpilles puis l'aviation ennemie. Il sombra avec des centaines de soldats et marins. Il n'y eut que 270 rescapés, secourus par des navires britanniques et polonais, sur près de 950 hommes à bord. Un numéro de Village de Forez (n° 123, avril 2016) s'est fait l'écho des recherches de l'historien forézien Pascal Chambon à ce sujet. Celui-ci a repéré 27 noms de natifs de la Loire parmi les victimes. Ces soldats, fantassins et artilleurs, originaires de Saint-Genest-Lerpt, Saint-Chamond, Le Coteau, Farnay, L'Hôpital-sous-Rochefort... servaient dans le 92e RI et 16e RAD de Clermont-Ferrand dont le navire transportait nombre d'unités.

Le souvenir de ce drame est rappelé sur certaines plaques mortuaires, comme celle-ci, photographiée par nous sur une tombe du cimetière de Nervieux, dans la plaine du Forez.