Thursday, August 06, 2020

On avait publié un petit article il y a quelques années. Passé à la trappe, en voici une nouvelle version.

De l'aveu même des élus, dans un magazine municipal dont on ne sait plus quelle année, le Bois d'Avaize est "peu connu des Stéphanois". On est tenté de les aider un petit peu ! On s'était promis d'ailleurs, depuis belle lurette, d'aller y faire un tour, à l'occasion. Car si on savait qu'il existait, nous n'y avions jamais mis les pieds.

 

Ainsi, entre deux orages, nos pas nous ont porté vers ce qui serait, d'après le poétique Auguste Callet, les restes d'une forêt immense dans laquelle les anciens Gagats - celtes qu’il nomme “métallurges” - avaient établi leur village, aujourd'hui appelé Saint-Etienne. On a déjà écrit en 2011 que pour Callet le souvenir de cette grande forêt noire perdure aussi dans les noms, entre autres, de la Sauvanière, Aveizieux, Bizillon, Pavezin, Vaise (Lyon)... A noter qu’en breton, "arbre" se dit “gwez”.

Il est situé sur une colline (culminant à 642 mètres) au carrefour de Terrenoire, Monthieu et Montplaisir, et accessible par différentes entrées. En bus depuis Saint-Etienne-centre, prendre la ligne 3, direction Terrenoire, descendre à l’arrêt “Monthieu”. Tout de suite à droite, face à l’Inter Mercado, prendre la rue Frédéric Marty (journaliste et poète, auteur de “Terre Noire”), traverser la jolie place Fontvieille et emprunter la rue Linossier sur quelques mètres pour rejoindre la rue du bois d’Avaize. La direction du bois est indiquée.

Des sentiers permettent de l’arpenter. Le balisage laisse à désirer. On y trouve çà et là de petites bornes couronnées de plaques de céramique (?) - fruits de l'imagination d’artistes -, supposons-nous.

Sur l'une d’elles, nous lisons qu' "attirés par la sauvagerie naturelle en pleine ville, ils ont voulu réhabiliter ces plantes rudérales qui poussent, ici, librement, [et qui] ailleurs seraient traitées de mauvaises herbes et détruites".

Parfois, ça devient un peu philosophique. Il est question d’ opposition avec la nature libre, et de friches, périphéries, trouées dans l’urbain perçues comme des “ jardins où les frontières se montrent comme ce qui, mouvant et incertain, conduit plus loin...”

On y déniche même une invocation à Papa Legba, une divinité vaudoue : “ Papa Legba, maître des carrefours, ouvre-nous la porte afin que nous devenions une part du mystère. Et que nous soyons sous ta protection sur tous les chemins où nous marchons. Papa Legba, maître des carrefours, ouvre-nous la porte et remplis ce ouanga de ta force. Libère-nous de nos ennemis et donne-leur de l’occupation afin qu’ils ne croisent désormais plus nos chemins. Et apporte-nous le bonheur et la santé.”

L’occasion est belle de recommander, en passant, le formidable livre de William Seabrook (un grand désaxé pour le coup !): L’île magique, les mystères du Vaudou (1928).

Ouvert au public en 1996, le parc du bois d’Avaize, sur la ligne de partage des eaux atlantiques et méditerranées, fait partie du site Natura 2000 (un réseau européen de préservation de la biodiversité) “Vallée de l’Ondenon, contreforts nord du Pilat” (un des quatre sites Natura 2000 du PNR du Pilat). C’est en raison notamment de la présence, sur sa partie sommitale, d’une lande à ajonc nain. Cet arbrisseau vivace, épineux, est fréquent dans l’ouest et le centre de la France, rare ailleurs. Il trouve ici sa limite extrême orientale pour une plante atlantique.

Bien sûr, la mine n’est jamais bien loin. Dans les années 1780, le secteur d’exploitation appartenait à plusieurs propriétaires, regroupés pour la plupart en 1824 dans la concession de Terrenoire. Deux puits ont été exploités, lisons-nous (des panneaux d'interprétation de la Ville sont disséminés dans le parc): Avaize 1, abandonné en 1876, Avaize 2, abandonné en 1864. Des roches noires sont l’occasion d’évoquer le Stéphanien. On nomme ainsi un sous-étage -le plus profond - de l’âge du Carbonifère, couche géologique formée il y a 300 millions d’années.