Monday, October 26, 2020

Dans le cadre d'un récent mémoire de Master 1, Benjamin Saurel s'est intéressé à l'évolution du site Mosser des origines à nos jours. Situé à Bellevue, il doit son nom à la Brasserie Mosser, qui fut la plus importante de Saint-Etienne. Ce qu'il reste des bâtiments est aujourd'hui occupé par des associations culturelles (Greenhouse, Coxa Plana, Ursa Minor) et la Brasserie Stéphanoise.

L'étudiant revient sur l'histoire de la brasserie Mosser et les raisons de son implantation dans ce quartier; un quartier au demeurant peu étudié par les historiens locaux, note-t-il, au contraire d'autres quartiers stéphanois, Terrenoire ou Le Soleil, par exemple. Pourquoi donc à Bellevue ? Parce que cet emplacement était stratégique. Les Alsaciens, installés à Saint-Etienne dans les années 1870, ont fort bien calculé leur coup. Récemment rattaché à la ville (1855), Bellevue en est la porte méridionale d'entrée et de sortie, aux croisements d'axes routiers majeurs. La gare de Bellevue est toute proche et le tramway le dessert à partir de 1882. La place Bellevue accueille en outre des marchés très fréquentés. Des conditions idéales permettant l'approvisionnement en orge, en charbon..., le transport et la vente de la bière.

D'abord baptisée "Mosser et Striffling", puis "Mosser" en 1887, l'usine à son apogée occupait 25 000 mètres carrés dont 8000 mètres carrés en sous-sol. Ses deux fours, les tourailles, surplombaient alors la ville. Ce sont les "sentinelles avancées de l'industrielle cité stéphanoise", écrivait en 1906 le Guide de Saint-Etienne et du Forez. Seule brasserie de Saint-Etienne à partir de 1932, elle cessa ses activités en 1955.  

Dans les années qui suivirent, le bassin d'eau fut comblé pour laisser la place à un parking et les bâtiments les plus anciens furent démolis pour créer des logements. Lisons Benjamin Saurel: "A cette époque (entre 1961 et 1973, ndFI), Saint-Etienne reste encore dynamique et connaît une forte croissance démographique, notamment grâce aux immigrants maghrébins; elle connaît son apogée en 1968 avec près de 220 000 habitants. Pour les loger et pour continuer la rénovation du parc immobilier, les promoteurs mobilisés construisent dans toute la ville des immeubles et la municipalité ne s'y oppose pas. Le site Mosser représente des espaces idéalement situés dans ce quartier de Bellevue si bien connecté au reste de la ville. En 1973 y sont bâtis des immeubles d'habitations. Mais pour cela, la Société immobilière de Bellevue a du dégager de la place et a donc détruit la partie nord du bâtiment central, c'est à dire une partie des bâtiments les plus anciens: ce fut une catastrophe patrimoniale pour la ville ! Celle-ci y a perdu les traces les plus visibles de la Brasserie Mosser, les tourailles, ces fours à l'architecture singulière et originale qui auraient pu être conservés et aujourd'hui réutilisés par la capitale du design...".

Après une nouvelle vague de démolitions, les locaux restants furent peu à peu délaissés. Le site se transforma en une friche culturelle unique à Saint-Etienne avec l'arrivée, entre 1997 et 2003, des associations citées plus haut. La Brasserie Stéphanoise s'y installa en 2014.

Dans la dernière partie de son mémoire, Benjamin Saurel émet des commentaires et critiques sur l'usage actuel du site, son positionnement dans la nouvelle logique urbaine stéphanoise. Il évoque des possibilités d’amélioration pour en faire un acteur majeur dans des projets fiables de reconversion: "(...) bien que subventionnée par la municipalité et partie prenante de certains évènements stéphanois, la friche culturelle peine à s’inscrire dans le territoire et le paysage culturel, handicapée par sa faible visibilité, le peu d’implication de ses associations dans la vie locale et le manque d’ambition pour elle de la part de la commune. Et pourtant, non dépourvu de potentialités, le site Mosser pourrait amplifier son rôle si une reconversion, misant notamment sur la valeur patrimoniale des bâtiments, était pensée, planifiée et réalisée afin d’incarner la réussite du renouvellement urbain. Pépinière de projets culturels et sociaux, il deviendrait autant un havre pour les artistes qu’un lieu de la mémoire industrielle et de la vie locale."

Benjamin Saurel
"Vies et destins du site Mosser, histoire, reconversions et enjeux d’un ancien espace industriel de Saint-Étienne"
Département Sciences humaines et sociales, 2016
Mémoire de Master 1 "Patrimoines et paysages culturels".

Photo d'introduction (dr): panneau représentant le logo de l’ancienne brasserie (le bouc). Seule indication de l’ancien usage du site.

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