Saturday, May 28, 2022
Le livre d'Antonia Ridge, For love of a rose, auquel nous empruntons, n'a jamais été traduit en français. Il fut publié pour la première fois vingt ans après la création de la rose "Peace". Il raconte l'histoire des familles Dubreuil, Meilland et Paolino, à  l'origine de l'entreprise Meilland International,  l'une des plus importantes sociétés horticoles au monde. Si Lyon est un de ses berceaux, son histoire concerne aussi le Forez où naquit Antoine Meilland. Antoine Meilland (dit "Papa Meilland") vint au monde en 1884 à  Chamboeuf, que l'auteure anglaise décrit comme un petit village calme, qui n'a rien de remarquable ou poétique, perdu dans une agréable campagne, sans plus, à  dix-neuf kilomètres de la ville minière de Saint-Etienne et à  peu près cinquante kilomètres de Lyon.

Antoine était l'un des quatre enfants d'un couple de fermiers modestes. Sa rencontre avec la veuve au grand coeur d'un maître d'école fut déterminante. Avec elle germa une idée. Mme Mivière aimait la nature, les fleurs et surtout les rosiers. La rose pourpre de Jean Liabaud, la charmante Rose Noisette... à  un âge avancé, Papa Meilland se souvenait encore des noms des fleurs du jardin de Madame Mivière, mieux que les noms des poètes que ce pauvre monsieur Spécel, son instituteur, avait tenté de mettre dans sa jeune tête. Le garçon la regardait manier le greffoir. Ravie de son intérêt, elle lui apprit le roman de la rose: Thibaut de Champagne et la rose de Provins, Pierre-Joseph Redouté qui les peignait... Elle lui prêta d'austères catalogues bon marché d'un rosiériste lyonnais, sans illustrations, imprimés en noir et blanc et devenus pourtant la clé d'un nouveau monde d'enchantements. Il les étudia jusqu'à  connaître chaque nom, chaque couleur, chaque prix de vente de chaque fleur. Mme Mivière lui expliqua comment à  travers les âges les hommes les ont cultivées puis créé de nouvelles variétés par croisements comme si ils espéraient de leurs mariages la naissance d'un enfant encore plus beau.

Et il s'en donna à  coeur joie quand vint l'heure de la composition française du certificat d'études -  "Quelle profession voudriez-vous exercer, et donnez les raisons de votre choix". Les empereurs de Chine, l'île de Rhodes, les roses de Joséphine,... Merci Mme Mivière ! Mais l'orthographe, les fautes de ponctuation ? L'examinateur aimait peut-être les roses... Reçu. Passer sa vie dans une mine sombre de Saint-Etienne ?  Travailler les champs, s'occuper des vaches ? Non ! Mais ses parents étaient plus que dubitatifs. Quelle drôle d'idée, cultiver des roses ! ça ne se mange pas les roses ! L'enfant resta campé sur ses positions et chercha une place d'apprenti. "Je suis grand et très fort pour mon âge [et] j'ai déjà  un greffoir professionnel que j'ai acheté à  Saint-Etienne", écrivait-il notamment dans une lettre adressé au  rosiériste lyonnais qui fournissait Mme Mivière. " J'ai étudié très attentivement vos catalogues", précisait-t-il, plein d'espoirs.

Mais c'est chez un pépiniériste, M. Minjard à  Saint-Galmier, qu'il trouva une place grâce à  Mme Mivière. Il y travailla quatre années, y logeant la semaine. Antoine fut ensuite embauché par le rosiériste réputé auquel il avait écrit des années auparavant et qui lui avait gentiment conseillé de se former d'abord à  l'arboriculture. Il s'appelait Francis Dubreuil. Antoine épousa sa fille unique, Claudia, en 1909. Là  débute véritablement la saga de la Maison Meilland. Rappelons simplement que le couple eut un fils, Francis (1912 -1958), qui créa notamment le plus célèbre rosier du monde, un hybride de thé baptisé "Madame Antoine Meilland", en hommage à  sa mère, connu dans les pays anglophones sous le nom de "Peace" (1945) et en Allemagne sous celui de "Gloria Dei". "La plus célèbre et la plus aimée des roses", comme l'écrivait Antonia Ridge...

Chamboeuf, village roseraie :









De rose en rose



Maison de la rose consacrée à  l'univers d'Antoine Meilland. Louis de Funès qui, pour l'anecdote, s'est marié à  Saint-Etienne, aimait le jardinage, les fleurs... Un rosier Meilland Richardier porte son nom.