Courrier international sort actuellement un hors-série spécial "insolites". Le magazine revient notamment sur le mystérieux « Espagnol empaillé » du musée d'Allard (Montbrison) qui selon le journal La vanguardia pourrait peut-être un jour retourner dans son pays. Il est cependant peu probable que l'Espagne demande officiellement son rapatriement. Après tout, fait remarquer Claire Maupas, "l'homme de Montbrison est désormais citoyen européen..."

Le poète surréaliste Elie Charles Flamand, né en 1928, se souvient dans son livre Les méandres du sens (Parà­s, Dervy, 2004) ses visites dans les années 40 au musée d'Allard, à  Montbrison, et sa rencontre avec le plus spectral de ses trésors: un homme empaillé, présenté à  l'époque dans une vitrine avec pour légende : "le corps d'un forgeron". Flamand écrit à  son sujet : "Son visage, rongé par les sels de mercure, comme son regard figé, procure une vraie peur." L'homme de Montbrison était alors présenté comme étant un forgeron car il a la taille ceinte d'un tablier de cuir caractéristique de ce métier.


Le journal espagnol La Vanguardia a publié également le 24 avril 2006 un article signé par Miquel Molina et intitulé : "El ultimo prisionero de Napoléon" (le dernier prisonnier de Napoléon). L'article évoque l'étrange « objet » qu'un musée français garde dans ses collections : le corps empaillé d'un Espagnol. C'est bien de notre « forgeron » évoqué par Flamand dont il s'agit, aujourd'hui couché dans une caisse et remisé dans les fonds du Musée. Pour Pascal Chambon, un historien local, il est également « plus probable » qu'il s'agisse d'un des prisonniers ibériques, plutôt que d'un jeune homme local, forgeron ou non.

L'hypothèse sur l'origine espagnole du corps s'appuie sur la tradition orale. Il s'agirait de celui d'un Catalan, un des 1 600 prisonniers espagnols déportés en 1808 dans la cité forézienne après l'entrée des troupes de Napoléon dans la péninsule. Le journal espagnol nous en apprend plus sur cette histoire étonnante. Les prisonniers ayant participé à  de nombreux travaux à  Montbrison, on raconte qu'un d'entre eux serait mort durant la construction du Musée d'Allard, victime d'un accident vers 1825. Le directeur, c'est à  dire d'Allard, qui était féru de taxidermie comme en témoigne les oiseaux du musée, aurait fait envoyer le corps à  Paris où il aurait été travaillé par Dupont, un naturaliste.

L'article de La Vanguardia nous apprend encore que l'anonyme de Montbrison présente des similitudes avec un autre corps, « El Negro » du musée Darder de Banyoles, en Espagne. Tous les deux seraient morts à  l'âge de 30 ans environ, à  la même époque, vers 1830. Le journal fait remarquer également qu'Edouard Dupont était alors en poste au Musée du Jardin des Plantes de Paris et que Jules Verraux, auteur supposé de la momie « del negro de Banyoles », y officiait aussi.


« Le dernier prisonnier de Napoléon » fut exposé au Muséum de Neuchâtel en 2000. L'article de La Vanguardia reprend à  son compte certaines interrogations soulevées lors de cette expo : "Le corps ainsi préparé est-il encore une personne ou un objet ? Peut-il être montré, exhibé ?"

3e photo, d' Alain Germond, publiée dans Passages, magazine culturel suisse, 2002