Wednesday, September 23, 2020
A l'initiative du Chok Théâtre, en collaboration avec de nombreux partenaires, "Le 12ème homme", le 2 juin, s'annonce comme la fête sportive et culturelle du peuple vert. Et c'est une vraie première ! Entièrement dédiée aux supporters, elle propose d'éclairer ce phénomène culturel grâce à  différents vecteurs (théâtre, débats, expos...) ; afin de comprendre ce qui pousse des hommes et des femmes à  en faire toujours plus pour leur équipe.

Franz Beckenbauer a dit qu'un de ses plus grands souvenirs fut lorsqu'il foula la pelouse du Chaudron en 75 pour la demi-finale. Je l'ai lu. Je ne sais plus où mais c'est sûr, je l'ai lu, donc c'est sûrement vrai... En tout cas, Georges Bereta, parrain du "12ème homme", n'a pas dit autre chose lors de la présentation de l'évènement: "J'ai le souvenir d'avoir eu la chair de poule et de ne pas avoir senti la fatigue grâce au soutien des tribunes." Saint-Etienne, ce n'est pas seulement un club; c'est aussi un public. Dans le genre poncif éculé, il est difficile de lâcher pire. Mais très brièvement, essayons d'expliquer l'apport de la ville dans le domaine du supportérisme hexagonal. Saint-Etienne, qui a créé en France le football moderne - "parce que le club avait compris avant tout le monde que le foot était un métier" disait Rocher - a aussi donné naissance à  une forme de supportérisme moderne. C'est dans les années 70 que le public des stades a commencé à  être mis en avant. La chanson des Verts, par exemple, en est une illustration puisque c'est autant le public que les joueurs qui est célébré. Un public où le spectateur se fait supporter, qui commence à  s'investir dans l'évènement. C'est encore l'A.S. Saint-Etienne qui a lancé à  grande échelle toute une gamme de produits dérivés tendant à  marquer l'appartenance du public à  son club hors les murs du stade.

Le 2 juin, un forum-débat, en présence de Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste du mouvement ultra, abordera longuement la question des supporters en général et des "Stephs" en particulier: Qui sont-ils ? Quelle est leur histoire ? Quelles sont les différents types de supporters et quels rapports entretiennent-ils avec le club ? Et quel peut être leur rôle face aux évolutions du football moderne ?

Un autre forum, plus trivial sans doute, présentera au public les objets les plus divers et les plus kitchs des collectionneurs rassemblés par les Associés Supporters section 1. Sans doute ne sera-t-il pas exhaustif. "Y a des gens qui étaient prêts à  venir avec un semi-remorque" déclare Pierrick Marcon ! Une exposition photo et vidéo sera l'occasion de braquer les projecteurs sur les tribunes de Geoffroy, des années 50, où les seuls polychromes couraient sur le terrain, aux tifos grandioses de notre ère en passant par les kops colorés et les vagues humaines des années 70 et 80. Une expo qui s'annonce très intéressante, ne serait-ce que par la présence de certains clichés célèbres de Charly Minassian et, plus proche de nous dans le temps, des instantanés de Maxime Pronchery, dont l'expo "On dirait la Sud" avait recueilli un beau succès.

L'association "Ciel ! Les Noctambules", par le biais de son vidéobulle, recueillera et diffusera les témoignages des fans. A noter encore que l'association "Lire à  Saint-Etienne" présentera des ouvrages sur le foot et l'A.S.S.E. - et ils sont nombreux ! - en présence d'auteurs divers. Bien entendu, le stade sera ouvert à  la visite et on regrettera au passage avec Alain Besset que la Ville de Saint-Etienne, qui a lâché quand même 4000 euros d'aide, in-extremis, n'ait pas voulu inclure la découpe de la pelouse dans "Le douzième homme".  Côté musique, le groupe Melting Force Crew présentera son dernier show. Et comme tout se résume au final à  une boule de cuir, un tournoi à  7 opposera des supporters.

Mais on oublie le principal ! L'idée même de l'évènement, ainsi que l'indique Alain Besset, "est née du partage d'une passion pour le foot et le théâtre." Désirant tisser des liens encore plus forts entre deux types de spectateurs, il s'agit de "mener une expérience pilote pour que le stade en repos sportif puisse devenir une arène culturelle et accueille une scène de théâtre atypique." Aussi, le Chok présentera Orféo Baggio. C'est une pièce écrite en Italie par Mario Morisi, ancien footeux et entièrement construite autour du... foot, bravo ! Elle traite de l'identification au joueur et du ballon rond comme moyen d'expression quasi poétique. Le tout sur un ton extrêmement populaire, comme il se doit. Alain Besset a travaillé sur une mise en scène originale qui mêle séquences vidéo et musique live dans un décor d'Hervé Fogeron où tout rappelle le football.

Le 2 juin, dans l'antre de Geoffroy-Guichard, vous avez rendez-vous avec la Star: "Le douzième homme".

Tarifs:
Pass journée: de 10h à  20h
> 4 euros (gratuit - 12 ans)

Pass journée + Spectacle:
> 8 euros (gratuit - 12 ans)

Spectacle seul:
> 10 euros (gratuit - 12 ans)

+ d'infos: 04 77 25 39 32 (Chok T.)

Bonus:

" Saint Etienne, un monde complètement stone "
France football, Damien Ressiot (27/02/96)


" De 1958 aux tristes quotidiens de l'actuelle ASSE, Claude Essertel dit Stone, aura gémi, trinqué, voyagé, halluciné, soupiré puis déprimé. Sans jamais renier l'indécrottable soutien aux saintes couleurs du Forez. Vertiges de l'amour.

Essertel n'a jamais su vieillir. On l'appele Stone pour son écoute immodérée des amis de Jagger ou Claudius pour son port de buste romain. Ou pas du tout, selon la trouille qu'il inspire chez les bien mis de sa génération. Mais jamais sans passion tant ses campagnes sont épiques. Stone palpe la furie du vert en 1958, il avait treize ans et sa virginité dégage un jour de Saint-Etienne/Red Star, au temps où " les publics mâles étaient sombres, noirs, avec casquettes et pardessus " et où les seuls polychromes couraient sur le terrain. A Rive-de-Gier, bourgade de la grande périphérie stéphanoise où fourmillaient déjà  les adorateurs du club, on aime alors le foot comme on fait l'ouvrier et Stone est trésorier d'une petite structure de supporters.

Colombes : Le rouge est mis

Pas un match occulté, il voit tout, se déplace en car jusqu'à  l'autre bout de la France, «lors de voyages familiaux et touristiques. A Marseille par exemple les femmes venaient et visitaient le vieux port et Notre-Dame puis nous retrouvaient après la partie.» Se mêle ensuite au vert, en 68, le rouge de l'émeute et du chaos et là  Claude choisit le camps des " fouteurs de merde " et de l'irrespect. C'est à  Colombes lors d' une finale de coupe ASSE/Bordeaux " que tout se joue, j'ai vu avant le match des étudiants le visage tuméfié par les coups des CRS, j'ai entendu des ouvriers qui ouvraient enfin la soupape, j'ai eu entre les mains ces feuilles de papier qui s' appelaient " Action " ou " Révolte "…Là  j'ai su que ce match allait conditionner ma vie." L'instinct politique le happe, il se laisse culbuter. Semaine de vacance sur les barricades de la Sorbonne puis de Nanterre, engagement syndical et présence attisante aux jours de braise de Besançon lors du conflit Lip. A la ligue communiste révolutionnaire où il milite les footeux sont alors méprisés comme des ploucs, " eux qui se goinfrent de l'opium du peuple ". Il est menacé d' exclusion et en rigole encore car il remarquait fréquemment dans le chaudron des années 70 " quelques dignitaires gauchistes LCR planqués incognito dans les tribunes pour mater les matchs." Dingue de la provoc il se présente aux législatives, aux municipales…

" La même chose patron " et sa mémoire se fait sélective. Deux ou trois épisodes giclent sur le formica. Simferopol et les deux matchs contre le Dynamo Kiev lors de la campagne de 76 : l'aller dans les glaces d'Ukraine, le retour de braise à  Geoffroy. Le déplacement à  Eindhoven, le retour et ce pauvre hère supporter décédé, déchiqueté par les hélices de l'avion des joueurs à  Andrézieux. Mais la finale à  Glasgow s'impose vite, Stone était parti là  bas une semaine et «a bien failli rater le match» tant l'éthylisme le retenait par les pieds, " c' était une telle folie, on était accueilli comme des rois» (35 000 supporters Français avaient fait le déplacement, NDLR). Et puis le retour, inoubliable malgré la défaite.

Geoffroy : Stone et les Magic sont dans la place

On ne trompe pas la mémoire du foie, on n'oublie pas non plus les verts de l'époque, Piazza " le plus fort ", Curko " le granit ", Larqué et les frères Revelli…Mais la petite mort ponctue doucement l'orgasme, " beaucoup de gamins ont même oublié que Platini avait joué ici… " Là  devant le cul de sac, Stone n' hésite pas. Les Magic fans, assos Ultra née en 1991, jeunes, désespérés donc lucides lui plaisent et il leur raconte sa flamme, intacte. Le côté rock'n roll sans doute, un peu underground quand Sainté s' endort dans sa grisaille. Cette désespérance des Magic face aux médiocres résultats de l'équipe actuelle, Stone la sent qui bouillonne en lui. Pas de croix celtiques dans leurs rangs, le principal. Parfois les châtaignes et les coups de pompes volent bas " ce qui ne me déplait pas forcément." Stone leur reconnaît la foi, la rébellion, les tripes contre l'ordre établi, " la multiplicité politique aussi de Le Pen à  Laguiller, ce qui ne choque guère ce gauchiste revenu de tout depuis 1981. On a beau leur coller l'étiquette de drogués et de voleurs, les Magic sont de ceux qui vont à  toute heure de la journée traîner à  Geoffroy, y rencontrer tous les paumés de la ville pour qui le chaudron reste l'aimant vital. Au delà  des âges " ces types aiment profondément leur club et se désespèrent des supporters de toute la France qui viennent à  Sainté s'incliner devant les joueurs d'aujourd'hui quémander un autographe " quand eux leur balanceraient volontiers des baffes pour les rappeler à  leurs devoirs. Alors Stone calme souvent, se fait taxer de chef des Magic alors " que je ne suis rien chez eux " et continue de manger son adolescence sans fin. Sa famille éclatée n' a pas tenu le choc d'une passion anthropophage. Mais sa fille mordue du même instinct est une Magic convaincue. Et ça vaut bien pour lui quelques frissons."