Wednesday, June 03, 2020
W.A.S.P. a donné un concert à  Saint-Etienne le 14 novembre. Le groupe n'avait prévu que cinq dates en France pour fêter ses trente ans. Il y eut trois concerts au final. Une date à  marquer d'une pierre blanche donc, tant il est vrai aussi qu'il est rarissime que des groupes de heavy metal d'un tel acabit se produisent dans notre ville. On se souviendra peut-être qu' Iron Maiden, infiniment plus célèbre, était venu en 2000 au Palais des Spectacles. Au FIL, où le metal ne représente qu'une infime proportion de la programmation (2% en 2011), 650 fans et sympathisants étaient au rendez-vous.

Was ist das W.A.S.P ? Un groupe américain emmené par Blackie Lawless et dont l'acronyme a donné lieu à  de multiples interprétations. Un groupe qui a longtemps traîné une réputation sulfureuse en particulier à  cause de ses anciennes prestations scéniques, inspirées par le grand guignol d'Alice Cooper.


" W.A.S.P. dans sa jeunesse, symbolisait la déchéance et la perversion sexuelle, nous apprend Sylvain. Il véhiculait dans ses concerts une imagerie choquante, avec du sang, de la viande crue jetée dans la foule, des simulacres de tortures sur des femmes, etc."  Sylvain est l'un des nombreux quadragénaires à  avoir fait le déplacement mais dans la salle on remarque aussi de nombreux jeunes. "Quand j'avais 14 ans, poursuit-il, j'ai acheté mes deux premiers vinyles. Y avait Judas Priest et The last command, le 2e album de W.A.S.P., avec le morceau Wild Child. ça a été le choc de ma vie. J'ai vu beaucoup de grands groupes de metal mais W.A.S.P., c'était un rêve d'adolescent que je ne pensais jamais réaliser. Il y a plusieurs mois, je feuillette comme ça un magazine et je lis que W.A.S.P. passe à  Sainté. J'ai pensé: c'est le doigt de Dieu."


 

Sur scène, que domine l'image d'ossements façon Jolly Roger, Blackie Lawless est armé de sa guitare et de scies circulaires fixées sur ses avant-bras. Il est le fondateur, le dernier musicien, bouffi et toujours inquiétant, de la formation originelle. "C'est un prophète de l'amour Lawless ", dit Sylvain. Passé 17 fois au hachoir, peut-être, mais un porteur de lumière. A voir. A écouter, on peut toujours juger. Les morceaux sont enchaînés à  un rythme d'enfer, mélangés parfois dans des medleys. Sleeping (in the Fire) , justement, est joué mais en partie seulement - las ! Nous n'aurons pas droit non plus au hardeur Animal (Fuck Like A Beast), morceau mythique du groupe, qui s'attira les foudres des ligues de vertu U.S. Mais beaucoup d'autres titres, parmi les plus anciens, sont joués: On Your Knees, L.O.V.E. Machine, Wild Child, Blind In Texas...  On entend aussi The Real Me, une reprise des Who.

 

 

" I wanna be somebody, Be somebody soon", scandent en coeur les fidèles, aux anges. Une bonne place est faite à  l'album conceptuel The Crimson Idol avec The Idol et la mélancolique The Great Misconceptions of Me. Sur les écrans défilent la vie de Jonathan, rock star suicidaire vainement en quête de l'amour de ses parents, des images de guerre, de courses automobiles effrénées. Après un époustouflant solo du batteur, c'est l'air de When Johnny Comes Marching Home, célèbre chanson de la guerre de Sécession, qui introduit la non moins superbe Heaven's Hung In Black. Le concert n'aura semblé durer que le temps d'un éclair.