Wednesday, July 15, 2020

Le Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne invite à  découvrir l'histoire de la maison Julien Faure.

Implantée depuis le début des années 1990 à  Saint-Just-Saint-Rambert, cette entreprise familiale, très longtemps située à  Saint-Etienne, a créé des dizaines de milliers de rubans.



Elle est très liée au musée puisqu'elle le soutient depuis le début des années 80, permettant d'étoffer ses collections et de faire fonctionner ses métiers. « Beaucoup d'anciens passementiers qui viennent faire des démonstrations ont travaillé pour Julien Faure », souligne la directrice, Nadine Besse. « Les ouvriers à  domicile qui travaillaient pour elle étaient tellement impliqués qu'on disait d'untel ou untel: " C'est un Julien Faure". Des anciens de Staron (célèbre maison stéphanoise de rubans et soiries, disparue dans les années 80 et à  laquelle le musée a consacré une grande exposition en 2007-2008, ndlr) ont ensuite travaillé pour Julien Faure. C'est à  ces personnes âgées, aux grands ouvriers, aux dessinatrices de la maison que nous souhaitons aussi rendre hommage.»

 

Dans le sas d'introduction, trois pièces de haute couture, signées Chanel, Lanvin et Franck Sorbier, accueillent le visiteur, ainsi que de superbes gammes de rubans colorés des récentes collections, certains en trompe l'oeil: fausses ceintures et fermetures éclairs...

Dans une première salle, l'histoire de l'entreprise est retracée, de 1864 aux années 90. Si elle porte ce nom depuis 1942, elle puise en effet ses racines dans une histoire bien plus ancienne dont on lira la chronologie en fin d'article.

Parmi les pièces exposées figurent des galons qui témoignent de la passementerie de mode du Second Empire, des étiquettes et tableaux tissés, des rubans utilisés notamment pour les chapeaux, et d'autres pour les ornements liturgiques (production qui fut en son temps une des spécialités de la maison), mais encore des contrefaçons, des gravures de mode, des produits destinés à  être cousus sur des draps ou sur des vêtements dans le goût tyrolien... et divers livres de Georges Faure ! Celui-ci (lire plus loin) a en effet signé, par exemple, en 1912 une pièce en quatre actes avec Jean Tenant: "La déroute". Une vidéo de 1996 permet de découvrir le travail de Roger Boudarel, passementier à  domicile travaillant pour Faure dans son atelier de Jonzieux.

L'autre salle expose un florilège de créations, rubans et soieries, et d'applications : bretelles Trafalgar, bracelets de montre Tudor, chaussures Christian Louboutin, sac Effet passementeries, carré Charles Jourdan... On ne pourra manquer l'extraordinaire peignoir de Franck Sorbier. Ce sont aussi ses rubans brochés et façonnés qui ornent les costumes très folkloriques des hommes participant à  la fête du Bahà¬o di Sampeyre, dans les Alpes italiennes, tous les cinq ans.


Petit historique:

En 1864, Henri Faure, après avoir épousé la fille de son employeur, un fabricant de rubans, fonde la maison Faure Portafaix. Elle s'installe sur la place Jacquard et rachète la maison Desjoyaux, une usine de velours à  l'épingle. Le couple a trois enfants, Georges, Pierre et Jean, qui fondent en 1903 la société Faure Frères. Elle  travaille surtout à  l'export pour l'Angleterre. Son magasin et atelier sont situés rue de la Préfecture.

Vers 1920, Julien, le fils de Georges, crée un bureau de vente à  Londres. En 1942, il crée sa propre société, qui portera son nom. Il rachète ensuite celle de ses oncles (Faure Frères en 1952).

Ses fils, Claude et Georgy, entrent dans l'entreprise et se répartissent les secteurs d'activité: au premier la soierie et les relations à  l'étranger, au second le ruban. A cette époque, elle produit des rubans brochés et matelassés, des ornements d'église, des écussons tissés... et en soierie des écharpes pour dames, étoles et carrés, etc.

Dans les années 60, le siège social et l'usine de l'entreprise sont situés rue Thimmonier. Elle acquiert de petits ateliers, à  Veauche notamment, tout en continuant à  travailler avec les passementiers à  domicile. Elle diversifie ses produits vers le linge de maison, l'ameublement, la mode enfantine et féminine, pour finalement resserrer ses liens avec le marché du luxe.

En 1980 Daniel Faure, autre fils de Julien, devient PDG de l'entreprise, qu'il modernise. Un métier à  tisser à  navettes rapides est inventé. C'est son neveu, Julien Faure, qui la dirige aujourd'hui.