Sunday, October 24, 2021
Après le Musée de la Marine à  Paris, la Piscine à  Roubaix et Le Havre, qui fut le port d'attache du paquebot, c'est au tour du Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne d'exposer les souvenirs du France. Cette dernière escale durera jusqu'au 28 février 2014. Elle pourrait être prolongée en mars. " C'était un chef-d'oeuvre de la technique navale et un des plus beaux objets industriels qu'on puisse concevoir, envisagé comme une oeuvre nationale qui engageait tous les savoir faire du territoire", rappelle Nadine Besse, directrice du musée. Il y avait de quoi pavoiser.


D'une longueur presque équivalente à  la hauteur de la Tour Eiffel, aussi haut que l'arc de triomphe (en comptant les fameuses cheminées) et aussi vaste que le château de Versailles, le France emportait plus de 2000 passagers. Il aura transporté des milliers d'amants, si l'on en croit Sardou. Bref, c'était le plus long des transatlantiques, l'un des plus rapides et le plus beau.  Une "somme de chefs-d'oeuvre", lançait De Gaulle en 60 à  propos de ses aménagements. C'était lors du baptême au champagne avec Yvonne, au terme d'une gestation assez longue. Et les vraies épousailles avec la mer n'auront lieu que début 62. L'histoire se termina assez mal - c'est souvent  comme ça en général - mais l'exposition, elle, devrait attirer un large public. Sans doute pas autant que Manufrance...


Embarquement (Eric Perrin, un des commissaires de l'exposition)


Maquette d'hélices à  cinq ailes. Le France fit appel aux grandes forges et aciéries, dont la CAFL à  Saint-Chamond, qui forgea sept arbres intermédiaires représentant plus de 163 tonnes, et fabriqua plusieurs autres pièces. Marrel Frères (Rive de Gier/Châteauneuf) réalisa aussi des pièces.


L'exposition met l'accent sur les innovations industrielles et de design, les matériaux embarqués à  bord du palace flottant (Rilsan, tissu de verre, aluminium, formica...), sa décoration (signée Maxime Old, Jacques Dumond, Henri Lancel, Raymond Subes, Picasso, Dufy, etc.) et l'art de vivre qui y avait cours. Sont exposés notamment des décors de ponts et d'appartements, du mobilier, des tapisseries, des maquettes, des dessins aquarellés, de la vaisselle, une tenue de groom et le smoking du premier commandant du paquebot. Et des objets de culte provenant de la chapelle, dont un ostensoir coiffé d'une croix en forme de mât radar. 


Meilleur restaurant du monde, d'après le New York Times, le France proposait 400 références des vignobles français. " Et les meilleures viandes, et dix sortes de fromages par plateau", se souvient Yves Léonard. Originaire de Corrèze, il fut durant cinq ans, de 1967 à  1971, cuisinier à  bord du navire, après avoir servi sur le Colombie et le Flandre. Sur le France travaillaient 1000 membres d'équipage et personnels. " C'était tout l'art de vivre à  la française (un menu pour chien est même exposé ! ndlr)  mais c'est faux de prétendre qu'on y servait du caviar à  la louche !" Ses meilleurs souvenirs ? Avoir vu Michèle Morgan et rencontré, pendant quelques minutes, Grace Kelly. Et puis la fameuse croisière impériale de 69.  "On avait l'amour de ce bateau", dit-il.


L'exposition est le fruit d'une collaboration entre divers partenaires, dont l'Association French Lines et l'Ecomusée de Saint-Nazaire, la cité berceau . A celui-ci, elle doit une de ses pièces maîtresses: les panneaux de laque sur aluminium de Bernard Dunand qui décoraient le salon privé de première classe. "Bernard Dunand était le fils de Jean Dunand, qui avait lui-même travaillé à  la décoration du Normandie", indique l'ingénieur du patrimoine Franck Sénant. Le malheureux Normandie , de la même  Compagnie Générale Transatlantique, avait été lui aussi, dans les années 30, le fleuron de la technologie maritime et l'ambassadeur du luxe français.



Cendrier reproduisant une cheminée du France, permettant le dégagement latéral de la fumée