Sunday, November 19, 2017
L'exposition des Archives Départementales s'attache à  montrer comment s'est concrétisé à  l'école primaire, entre 1870 et 1914, l'apprentissage de valeurs et pratiques destinées à  former de futurs citoyens-soldats. Elle débute dans les Ardennes en septembre 1870. La bataille de Sedan s'achève pour la France par une humiliante défaite. Elle sonne le glas du Second Empire. La République est proclamée dans un territoire amputé, quelques mois plus tard, de l'Alsace-Lorraine. Les instituteurs allemands, lisons-nous, étaient considérés en France comme les véritables vainqueurs de Sedan. Pour l'opinion publique française, l'enseignement, dont celui de la discipline sportive, était à  l'origine de la suprématie militaire prussienne, déjà  illustrée à  la bataille de Sadowa quelques années plus tôt.


C'est dans une atmosphère revancharde que s'opère la réforme de l'enseignement qui aboutit aux lois de 1881 et 1882. Discipline, unité nationale et patriotisme deviennent alors les maîtres mots de l'école. Les notions de sacrifice et d'ordre sont largement inculquées. On cultive le souvenir de l'Alsace-Lorraine et des grandes figures de l'Histoire de France.

L'instruction civique est organisée par la loi de 1882. L'introduction de l'enseignement militaire s'appuie sur elle. " Il s'agit de préparer dans l'enfant le futur soldat", disait Jules Ferry. Dès 1871, Gambetta avait insisté sur l'idée que "lorsqu'en France un citoyen est né, il est né un soldat".  Cette même année, Adolphe Thiers, président, et Jules Simon, prédécesseur de Ferry à  l'Instruction publique, avaient défendu un premier projet de loi sur l'instruction primaire. Elle donnait une place essentielle à  la morale et aux exercices de gymnastique dont on percevait l'intérêt militaire. L'enseignement de la gymnastique ne devint obligatoire qu'en 1880, mais avant même que l'école ne le devienne. Le service militaire, lui, l'était déjà  depuis 1872.

L'exposition évoque notamment les sociétés de gymnastiques et de tir, dont certaines ont des noms très évocateurs (Jeanne d'arc, La Patriote, etc.) et les éphémères bataillons scolaires. Ces derniers, créés en 1882, ne durèrent qu'une décennie. Ils devaient familiariser les bambins, futurs conscrits, avec le drapeau et l'uniforme. Ils pouvaient se faire la main sur de fausses armes. Dans la Loire, au moins trois bataillons existaient.  Des exercices de tir réel furent aussi autorisés pour les matrus de plus de 10 ans à  partir de 1893. Certaines sociétés de gymnastiques et de tir, par contre, existent toujours. Les archives Départementales en ont recensé dans la Loire, de 1870 à  1914, 25 spécifiquement dévolues à  la pratique de la gym (dont sept à  Saint-Etienne et quatre à  Roanne) et une cinquantaine pour le tir. Et sans compter les sociétés mixtes.


Des répliques en provenance du Musée Alice Taverne (Ambierle), sur lesquelles les enfants pouvaient s'exercer au mécanisme d'armement. Au tournant du XXe siècle d'autres approches, plus ou moins pacifistes, apparaîtront, diffusées par André Sève, Ferdinand Buisson, Jaurès... On tend à  dissocier les idées de Patrie et de guerre. "Guerre à  la guerre" devient même un slogan d'instit. Gustave Hervé prône quant à  lui un antimilitarisme jugé souvent outrancier.


Vente de carabines pour le tir réel, par la Manufacture française d'armes et cycles (Manufrance)

De nombreux manuels, cahiers d'écoliers, photographies et objets divers sont aussi exposés, dont des petites boîtes de plumes décorées de scènes patriotiques, prêtées par l'association "Ecole dans la Loire d'hier à  aujourd'hui". Les Bayard, Jeanne d'Arc, Du Guesclin, Roland, mais aussi d'autres héros, infiniment moins connus, comme le jeune tambour Sthrau (un Alsacien), tué en 1793 à  la bataille de Wattignies, formaient un panthéon auquel les enfants pouvaient s'identifier. Car " la véritable école du patriotisme, c'est l'histoire nationale. Elles vous raconte les triomphes de vos ancêtres et par là  enflamme votre émulation, excite en légitime orgueil...", comme l'écrivait avec application, en 1903, le petit Michard, d'Aveizieux. Dans un autre cahier, outre un résumé d'histoire de France sur François Ier et un exercice d'écriture - "On doit respecter les lois de la Patrie comme les volontés d'une mère" -, il couchait cette autre dictée titrée " L'enfant en Allemagne". Extrait: " Demande-t-il un jouet, on lui achète un sabre ou une trompette. Les chants patriotiques
terminent la classe comme autrefois la prière..."

Rue Barrouin, entrée libre, jusqu'au 27 septembre