Wednesday, September 23, 2020
Cet article de 1928, dont on ne cite que quelques extraits, évoque les carpes du Forez présentées à  l'exposition piscicole de Lyon, en septembre. L'auteur s'y exprimait en livres et nous avons opéré la conversion en kilos. Le lexique suit: " Le syndicat du Forez avait envoyé les types de ses pêches de septembre: trois cuirs (si nous disions royales ?) nés en 1926 de 1,8 kg à  2,7 kg; une écaille Meugniot de 3, 17 kg (...). Préférons une autre pêche, de deux étés celle-là  où l'étang a donné son plein rendement avec des nourrains de 907 grammes à  1, 3 kg fort réguliers. Le Forez en exposait trois à  Lyon, trois cuirs, trois écailles, identiques de poids (...) De la belle feuille cuir, né d'un croisement de géniteurs Meugniot et Hirsch, en juin 1928..."

La carpe cuir est dépourvue d'écailles. La carpe miroir se distingue par une écaillure incomplète. On appelle "feuille" la carpe d'un été... qui devient "nourrain" ou "alevin" à  la fin du 2e été (soit un an d'âge). Le Syndicat des étangs du Forez fut fondé par le Comte de Neufbourg, célèbre personnage forézien pour diverses raisons. Celui-ci résidait au château de Beauvoir à  Arthun. Avec lui débutèrent les grandes heures, révolues, de la pisciculture d'étangs forézienne. Il est aujourd'hui présidé (et depuis de nombreuses années) par Michel Montserret. Il regroupe, nous dit-il, une centaine de gestionnaires d'étangs. " Neufbourg a travaillé sur deux choses: l'espèce bien sûr mais aussi le milieu qu'il a réformé pour améliorer la production, en utilisant de la chaux, en détruisant les joncs..."




 

Un reportage muet de 1928 où apparaît le nom de Neufbourg, mis en ligne sur le site de l'INA (voir notes), invite à  suivre une pêche dans un étang forézien de 40 hectares. Il donna 10 000 kilos de carpes vendues sur les marchés locaux ou expédiées par voie ferrée. En décembre de cette année, lors d'une exposition à  Paris, les carpes que Neufbourg présenta firent sensation par leurs mensurations, compte tenu de leur âge (deux étés) : en moyenne, 36 cm de longueur, 18 cm de hauteur et un poids de 2 kg.   Dans le Bulletin Français de Pisciculture (un peu tardif puisqu'il date de janvier 1930), R. de Drouin de Bouville parle "d'articles hors série", mais  que "la masse du public était tout à  fait incapable d'apprécier": " Un Parisien et surtout une Parisienne, en arrêt devant un aquarium est un spectacle qui vaut son prix, surtout si l'on est à  même d'entendre les réflexions émises. Quant aux compétences, aux confrères en élevage, des impressions contradictoires se heurtaient en eux. Plus d'un sachant combien sont quelquefois fantaisistes, comme pour les jolies femmes, les âges avoués par les carpes d'exposition, ajoutait généreusement des mois de nourrice aux deux étés déclarés des poissons de Beauvoir." C'est qu'il s'agit d'une croissance extrêmement rapide. Dans les autres secteurs piscicoles de production de carpes en France, il fallait attendre deux ans pour arriver à  ce poids unitaire. Ces poissons étaient issus de croisements réalisés sur l'étang Mornant de Biterne - où fut reçu l'auteur de l'article en novembre 1929 comme il l'indique lui-même -  entre un type de carpe cuir et un type de carpe miroir, les types Hirsch et Meugniot mentionnés plus haut, issus eux-mêmes des carpes nobles d'Europe Centrale (de Wittingau, etc.)  introduites en France au début du XXe siècle par les grands propriétaires d'étangs.

 

" Ce croisement était caractérisé par une peau sans écailles, une petite tête, mais surtout une épaisseur de la nuque très large. Le rapport de la longueur sur la hauteur devait être inférieur à  l'indice 2,2. Ceci explique une épaisse partie charnue au dessous de la nuque provoquant en rendement en chair très élevé et une réduction étonnante du nombre d'arêtes. En réalité, le nombre d'arêtes ne varie pas, mais elles grossissent et s'enlèvent aisément." Il prit la marque « carpe royale », propriété de l'Association des Producteurs de Carpes d'Elite en 1930. Sept ans plus tard, la presque totalité de la production  est exportée en Allemagne par wagons spéciaux au départ de Feurs. Les poissons sont présentés vivants sur les étals de détail à  Noël alors qu'ils  avaient été pêchés et transportés en novembre/début décembre. Cette même année paraît un article de Jean Combe dans La Région Illustrée qui nous explique que le standard de la carpe, nommée par lui " Carpe royale de Beauvoir"  a été fixé comme suit en janvier 1936 par l'Association: " Peau: aussi pure que possible; ce caractère, le premier apparent, n'étant que secondaire par rapport aux suivants. Tête: petite. Nez: court. Nageoires: sans développement anormal."
 
Et de préciser que la "royale" varie selon la qualité des étangs et la population immergée. Jusqu'à  cinq livres de poids (2,2 kilos) dès 2e été. " Mais l'empoissonnage le plus rentable, le plus sûr est la feuille de 30 grammes, en nombre suffisant pour ne pas dépasser deux livres et demie." Les meilleurs étangs  atteignaient régulièrement 450/500 kg/ha de carpes de deux étés.
___

Article de R. de Drouin de Bouville
La carpe sélectionnée (reportage de 1928)
A certaine époque, d'après Michel Montserret, la production annuelle de poissons atteignait les 675 tonnes. Jean-Noël Degorce, dans son ouvrage Les milieux humides dans la Loire (1995), mentionne une production de 400 à  500 tonnes, sans qu'on sache à  quelle date précisément.
Merci à  la Maison des Etangs pour son aide.

Les photos illustrant cette page sont celles de R. Paul et Cadé, publiées avec l'article de La Région Illustrée.

Légendes: La pêche à  l'étang du Roi; l'étang du Roi asséché et le Mont d'Uzore; la vanne de l'étang du Roi; les carpes royales mises dans un bassin