Monday, November 29, 2021

Dans le bulletin du vieux Saint-Etienne consacré aux Ursules (Les Ursules... du couvent à  l'espace public, 2010), Bernard Marze s'est tout particulièrement intéressé aux jardins de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts. Il cite Jean Marc*, ingénieur des services horticoles de la ville dans les années 50 :

 

« Le jardin de l'Ecole régionale des Beaux-Arts a reçu son aspect pittoresque actuel en 1913: la mode était à  la rocaille de ciment dont la grotte principale est le type. Les escaliers et les allées sont bordés de buissons ardents, de houx et de lyciers. Les végétaux sont magnifiques: les tulipiers de Virginie rivalisent avec les hêtres pourpres et ombrent quelques scènes dont le "loup et l'agneau".»

 

 

On aurait bien voulu, nous aussi, nous balader dans cet "endroit merveilleux" dans le cadre des Journées du Patrimoine dont le thème était "Patrimoine culturel, patrimoine naturel". On s'est contenté de ses restes, et de photos en noir et blanc. Au passage, il faut regretter que parmi les visites proposées à  Saint-Etienne, rien n'était très axé sur le végétal. On aurait aimé, par exemple, une visite du parc de l'Europe, une approche de son histoire, de ses arbres remarquables.

 

 

Bernard Marze (Histoire et Patrimoine de Saint-Etienne) accueille les participants rue Saint-Marc, au pied des rares éléments conservés: le grand mur en briques et grès houiller, édifié pour conforter la colline, et à  l'angle l'échauguette. Devant la grotte, il évoque Christophe Faure-Belon (1808 - 1881), premier maire, de 1855 à  1865, du "grand Saint-Etienne", alors 8e ville de France. A ce "notable et homme de grande envergure", on doit de nombreuses constructions (écoles, palais de justice, dôme de l'hôtel de ville...) et projets d'aménagements dont celui du clos Giraud en jardin. Cet espace du clos Giraud était occupé autrefois par les vignes et verger de religieuses, les Ursulines, dont le couvent fut démoli. Laissé à  l'abandon, il fut donc décidé d'y aménager un parc paysager dont la réalisation fut confiée à  Etienne Boisson, l'architecte qui venait d'achever plus haut, le coiffant, l'Ecole de Dessin (ouverte en 1859). Les jardins furent achevés en 1865 puis réaménagés en 1912-1913.

 

 

 

" La grotte en rocaille et son bassin étaient mis en eau, explique notre guide. Devant elle, et tout le long du jardin, courait une allée bordée par une grande balustrade. Elle dominait la place en contrebas. Depuis la place, on accédait à  cette première terrasse en empruntant deux escaliers monumentaux, fermés par une grille et entre lesquels se trouvait un bas-relief." On monte ensuite les escaliers dont les garde corps métalliques ont remplacé les balustres pour arriver sur une autre plateforme, au dessus de la grotte. Plus haut encore, on accède au pied de l'école puis à  son péristyle. " La symétrie architecturale, les montées d'escalier identiques, rendait le site harmonieux, très agréable à  l'oeil", fait remarquer Bernard Marze. Dans ces jardins, si l'on contait fleurette le jour, si on s'y promenait ou jouait, la nuit, surtout... au loup ! Car ils avaient aussi mauvaise réputation. Dans l'ouvrage mentionné plus haut, Bernard Marze rappelle que le site, qui avait d'abord servi de dépotoir aux bouchers, tint lieu à  diverses époques de cache et repère à  des malfaiteurs et autres personnages "extrêmement douteux..."

 

 

Hormis la grotte en triste état, ils sont rares les autres vestiges de cet espace remarquable, saccagé avec la construction du parking (1967) et toujours à  l'abandon: une allée pavée qui reste charmante, une colonne à  l'antique. La sculpture du loup qu'évoquait Jean Marc dans les années 50 est toujours là , à  l'extrémité nord, mais sans l'agneau qui l'accompagnait. Quant au bas-relief de près de 6 mètres de longueur qu'on admirait autrefois à  l'entrée du jardin, entre la première montée d'escaliers, il existe toujours. Il est conservé par l'entreprise Calcagni, à  Saint-Genest-Lerpt, qui était intervenue sur le chantier. En fonte de fer moulée, c'est une copie par la fonderie du Val d'Osne du "Bain des Nymphes" de François Girardon, oeuvre réalisée au XVIIe siècle pour orner les Bassin des Nymphes à  Versailles.

 

* Jean Marc: le jardin près du Musée d'Art Moderne et Contemporain porte son nom

 

Photos du bas-relief: André Picon