Tuesday, January 23, 2018

Le centre bouddhiste tibétain est situé en haut de la colline. Depuis la rue de la Jomayère, quelques centaines de mètres après l'église orthodoxe, rien ne le distingue, hormis, affichées sur une porte, la photographie d'une statuette de Gourou Rinpoché et quelques infos sur l'association Oddiyana42. Le portillon est ouvert et permet d'accéder à  une cour. Des drapeaux de prières colorent les murs de la maison. Le temple est situé au rez-de-chaussée. Mireille Bertelli, présidente de l'association, s'affaire au derniers préparatifs, disposant sur une table les plats qui seront servis plus tard. On célèbre ce 22 février le premier jour de l'an tibétain. La fête s'appelle le Losar.

On converse avec une participante. " Saint-Etienne a beaucoup de chance d'avoir le lama Shérab Dordjé", nous dit-elle. Elle a fait un assez long voyage pour venir. Depuis longtemps, elle suit les enseignements du lama. Originaire du Bhoutan, celui-ci vit en France depuis 1974 mais depuis peu à  Saint-Etienne.

Un autre passe pour nous en revue les nombreuses statuettes sur l'autel. Il y a notamment Milarépa, un grand maître, reconnaissable au geste qu'il fait de porter une main à  son oreille et plusieurs Bouddha dont un à  mille bras. Il y a aussi la représentation d'un stupa (une forme architecturale) et une autre de Kalou Rinpoché, un moine très célèbre, décédé il y a une trentaine d'années. Des offrandes ont été disposées: orchidées, bougies, encens, vin et bols de riz. Il y a en particulier d'étranges gâteaux appelés tormas et des plumes de paon qui serviront à  bénir les aliments.

Mais Shérab Dordjé arrive, accompagné d'un autre lama, plus jeune, et de sa famille. La soirée va balancer entre décontraction et solennité. Elle débute dehors avec l' offrande du feu suivie de la déclamation d'une bénédiction. Il est souhaité à  l'assistance d'avoir une longue vie sans maladie, d'éviter les dangers, de posséder un grand amour et un esprit "comblé par la sagesse éclatante". Il reste encore un peu de neige dans le jardin. On en jette en l'air pour célébrer la nouvelle année.

Quarante personnes environ se retrouvent ensuite dans le temple. Quelques femmes ont revêtu des habits de soie. Pour la plupart, nous sommes assis sur le sol, sur des coussins, face au lama dont les paroles sont toujours apaisantes. Des prières, plus ou moins longues, sont psalmodiées puis traduites. Elles sont adressées à  Gourou Rinpoché, révéré au Tibet et au Bhoutan comme étant le second Bouddha. " Veillez sur nous avec compassion, Seigneur Maître d'Orgyen", supplie l'une d'elles.

Le signal du repas est donné: "Jouissez de la fête." Une goutte de vin est versée dans le creux des mains et les différents aliments sont servis par les responsables de l'association, l'épouse et les enfants du lama. A l'arrivée, on a dans nos assiettes un curieux et coloré mélange, fait de riz au safran et au raisin, chips, fraises tagada, jambon cru, fromages et cuisses de mandarines. Sans oublier les petites bugnes tibétaines. Du thé est servi.

Shérab Dordjé invite à  prendre une pincée de farine, que l'on disperse sur nos têtes pour se souhaiter une longue vie. Une précédente soirée s'était déroulée la veille pour marquer la fin de l'année. Une "soupe divinatoire" a été servie, avec des objets auspicieux (coquillage, coton...) que le lama interprétait. Ce soir, nous avons eu droit à  une soupe à  base de riz fermenté: une "soupe de sagesse".

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