Thursday, April 02, 2020

Saint-Etienne célèbre en cette fin d'année toutes sortes d'anniversaires. Son Musée d'Art Moderne fête pour sa part Fluxus, un mouvement d'art contemporain qui a débuté en Allemagne en 1962 avec le "Fluxus Internationale Festspiele neuester Musik".

 

" Pour beaucoup, Fluxus est quelque chose qui ne peut pas se définir", a commencé par dire Lorànd Hegyi lors du vernissage. Le directeur du M.A.M. faisait écho à  la phrase de Robert Watts: " L'essentiel, avec Fluxus, c'est que personne ne sait ce que c'est." Mouvement, courant ou nébuleuse, Fluxus, inspiré par John Cage, réunissait des artistes d'origine et de pratique diverses (George Maciunas, la figure tutélaire, George Brecht, Robert Filliou...) qui essayaient de bousculer les lignes de démarcation, notamment entre arts visuels et arts vivants. Dans une période de grande euphorie subversive, d'engagement au service de la liberté, l'accent est mis sur "le processus de création, la conscience du temps, de la durée..., dans une radicale identification de la vie avec l'art" (L. Hegyi).

 

« Fiat Flux », exposition reconnue d'intérêt national (15 à  20 expositions seulement sont labellisées chaque année) fait une large place à  Nam June Paik et Wolf Vostell. A travers eux, c'est aussi un hommage qui est rendu à  deux grands collectionneurs: Antonina Zaru et Gino di Maggio. Pour la première, lisons-nous, le Coréen (1932-2006) était la "parfaite synthèse de l'artiste authentique combinant les nouveautés de l'art contemporain et savoir ancestral". Acteur majeur du mouvement, imprégné de philosophie bouddhiste (ce qui l'éloigne des postures néo-dadaïstes de ses compagnons occidentaux), il fut le précurseur de l'art vidéo. On ne s'étonnera donc pas de voir des écrans partout dans ses installations. Sfera / Punto Elettronico regroupe à  elle seule 26 moniteurs dans un cercle métallique...

 

Mais c'est Wolf Vostell qui fut le premier à  intégrer un téléviseur dans une oeuvre d'art. De l'Allemand décédé en 1998, proche de l'expressionnisme, le M.A.M. présente Fandango. C'est une installation réalisée en 1975 avec des portières de voiture et un marteau qui frappe sur chacune d'elles. La destruction, la violence, la guerre, le sexe et la politique, et en substance la vie, peut-être même l'amour, sont surtout présentes sous verre dans une dizaine de créations composites montrant chacune une peinture (ébats de lesbiennes en particulier), une photographie (scène de matraquage, poings dressés, un soldat avec un bras arraché, des tombes du cimetière juif de Prague, un accouchement, un soldat allemand saisi façon Capa ...), un marteau et un morceau de portière de voiture. D'autres réalisations intègrent notamment des photos de femmes qui ouvrent les cuisses. Il faut avouer qu'on ne sait pas trop ce qu'elles voudraient signifier : l'origine du monde, la luxure, la joie, un sourire, une faille...

 

Un visiteur devant Jeune Bouddha sur lit Duratrang (Paik, 1989 - 1992) Ancien lit chinois, néons, tirages photographiques, moniteurs, laser disc. Collection Antonina Zaru, en dépôt au Musée d'Art Moderne de Saint-Étienne.

Le sacré et le profane (Paik, 1993)

Les Fluxus sont les noirs de l'histoire de l'art (Vostell, 1980, détail)