Friday, September 24, 2021
Trois régiments partirent de Roanne en 1914: le 104e Régiment d'infanterie territoriale, le 98e RI et le 298e RI (régiment de réserve du précédent).

En garnison à  Roanne depuis 1912, le 98e RI quitta la cité le 6 août après avoir été associé, la veille, à  l'inauguration du monument commémorant la résistance des habitants face aux Autrichiens en 1814. Il fit son baptême du feu le 20 août à  Sarrebourg (Lorraine) puis transporté dans l'Oise. Surnommé le régiment des Bois des Loges pour y avoir passé une année, il combattit aussi à  Verdun, dans la Somme,..., pénétra en Belgique et en Allemagne et rentra à  Roanne le 6 septembre 1919.

Pertes: 1132 soldats tués à  l'ennemi, plus de 500 décédés suite à  des blessures, environ 250 disparus et déclarés décédés, 14 disparus non déclarés décédés, et quelque 130 morts de maladie.

Si le 298e RI est connu pour avoir été le régiment des fameux fusillés pour l'exemple de Vingré, exécutés en 1914 et réhabilités en 1921*, le 98e fut celui du sous-lieutenant Jean-Julien Chapelant, auquel la mention "mort pour la France" fut solennellement décernée en 2012.

Son histoire est particulièrement horrible et les médias l'ont ressortie en 2012. Rappelons en bref qu'il était originaire d'Ampuis (Rhône) et domicilié à  Roanne. Il fut condamné à  la peine de mort, avec dégradation militaire, pour "capitulation en rase campagne" et passé par les armes ficelé à  son brancard (il était blessé) dressé contre un arbre. 

Pour en savoir plus sur la campagne du 98e RI, on pourra lire sur Gallica le Journal de marche et opérations du régiment, au jour le jour, d'août 1914 à  septembre 1919. Ecrit par le colonel Gaube, il a été édité en 1924 avec l'autorisation du Ministère de la Guerre; ce dernier précisant qu'elle ne "couvre en rien [la responsabilité de l'auteur] à  l'égard des tiers". 

Les noms de tous les morts et disparus du régiment figurent en fin d'ouvrage, sauf évidemment celui de Jean-Julien Chapelant.

Il figure cependant au tout début (page 45) dans la liste de l'encadrement du régiment au 24 septembre 1914. Il commande la section de mitrailleuses du 3e bataillon, celui de Gaube. Celui-ci présida quelques jours plus tard, le 10 octobre, le conseil de guerre qui le condamna. La sentence fut exécutée le lendemain**.  A cette date, c'est surtout un drapeau allemand, dégoté les jours précédents au milieu des cadavres, que Gaube évoque dans son Journal de marche. Mais à  qui revient le mérite de cette belle prise, au 98e RI ou le 121e ?


Notes et liens:

* On lit que Jean Giraudoux, futur auteur de La Guerre de Troie n'aura pas lieu, appartenait aussi à  ce régiment. Pour en revenir à  Paul Henry Floch, Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinault, dits les martyrs de Vingré, deux d'entre eux étaient originaires d'Ambierle. "Réhabilités" signifie que la Justice a cassé le jugement du conseil de guerre et déchargé leur mémoire de cette condamnation.

A cette époque (début des années 20) Le Progrès Civique surtout, et L'Humanité, faisaient aussi du tapage autour du cas Chapelant, entre autres.

** Le régiment est alors sous le commandement du lieutenant-colonel Didier.

> En savoir plus (plaidoyer de 1926 en faveur de la réhabilitation de Chapelant).

Les photos sont extraites de la Revue historique de l'Armée (1963, article consacré au 98e RI). "Fusillé pour l'exemple", dessin à  l'encre de Chine (1918) de Jean Rouppert, artiste du Roannais (1887 - 1979).