Thursday, April 18, 2024
piat.jpg Après avoir consacré un livre au Vélodrome de Saint-Etienne, André Piat  a écrit un nouvel ouvrage, toujours à  compte d'auteur: Roger Rivière, le vélo c'était sa vie. Et il milite toujours pour offrir au champion une stèle commémorative. Ce franc-tireur nous a accordé un bref entretien.

" Dès que Rivière apparut sur le ciment ou le parquet des vélodromes, le public comprit qu'il se trouvait en présence d'un phénomène. Il ne se trompait pas. Personne n'allait oser défier cet élégant stéphanois. Même s'il s'affichait à  ses côtés sur les couvertures des magazines, Anquetil lui-même en avait peur."
Jean-Paul Ollivier, écrivain, journaliste


Lors d'un précédent entretien, vous aviez dénoncé une certaine "ingratitude" de Saint-Etienne envers Roger Rivière. Où en est votre projet de faire ériger une stèle en hommage au champion ?


J'ai toujours eu l'impression que Roger Rivière avait été complètement abandonné par les municipalités stéphanoises successives. Il y a bien une rue Roger Rivière, "pourrie" je trouve, dans la zone de Molina, et une  piste en plein air, mais quand même, c'est pas grand chose. Il y a des coureurs qui ont dans leurs pays des stèles, des plaques qui leur rendent hommage mais Roger Rivière, non. C'est quand même un grand champion qui a porté haut et loin le nom de Saint-Etienne !  Il a été le n° 1 mondial pendant trois ans, faudrait pas l'oublier ! Jamais en individuel, Saint-Etienne n'a eu un champion d'une telle notoriété.

Mais même sa mort est passée un peu inaperçue. Il est mort le 1er avril 1976. Les journaux sportifs faisaient leurs gros titres avec les Verts.


A Veauche aussi, où il repose, une rue porte son nom mais aucune autre mention, ni "coureur cycliste", ni "champion", rien. C'est paradoxal de voir le monument de Fraissinet de Fourques, un village de rien du tout, et rien du tout dans l'ancienne capitale du cycle (1). Donc, je continue à  faire le forcing pour que Saint-Etienne fasse quelque chose. J'ai bon espoir, quelque soit la future municipalité, qu'une stèle soit érigée sur le site Denis Papin, où se trouvait le Vélodrome où il a fait ses débuts.

Et c'est aussi pour faire redécouvrir ce coureur que vous avez écrit ce bouquin...


A ce jour, il n'y a qu'un seul livre qui a été écrit sur Rivière, c'est La tragédie du Parjure de Jean-Paul Ollivier. Jean-Paul Ollivier qui était grand reporter, journaliste sportif, etc. Moi je suis pas journaliste et mon livre n'a pas du tout le ton polémiste qu'on lit à  la fin de La tragédie du Parjure, lorsqu'il évoque les dernières années, après la chute au col du Perjuret, et certains sujets sensibles comme la drogue. Mon bouquin c'est un hommage, simplement. Parce que je trouve dommage que les jeunes ne se souviennent pas de Roger Rivière.

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Roger Rivière et son épouse. C'est la dernière photo connue du champion en course. Roger Rivière pédale ensuite vers le Perjuret où le destin l'attend au tournant... (/Miroir des sports)

Pouvez-vous nous rappeler son palmarès ?


Trois fois d'affilée Recordman du Monde de l'heure sur piste: en 1957, 1958 et 1959. Ses deux premiers titres, c'était à  Milan, au "Vigorelli": 46, 923 km et 47, 347 km. Il a ridiculisé Anquetil, Coppi, tous ridiculisés... Et en crevant en 58 ! Sinon, il aurait fait 48. C'est énorme et ce fut son grand regret. Le troisième à  Paris: 45, 732 km, peu de temps avant que le Vél d'Hiv ne soit détruit. Il a aussi été triple Champion du Monde de poursuite.

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Le Tour ?


C'est l'année 60 essentiellement, l'année fatidique. En 59, il avait fini 4ème et remporté deux étapes. En 1960, il en était déjà  à  trois étapes et il aurait pu l'emporter. C'était un coureur hyper complet, très fort aussi en montagne et qui montait en puissance. Et puis il y a eu cette fameuse 14ème étape et la descente du Perjuret où il a fait l'erreur de vouloir suivre Nencini. Et puis la chute qui a brisé sa carrière et son mental...

Note: le monument en question a été réalisé par un Forézien, Robert Chambon, habitant Saint-Bonnet le Courreau.
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Marc Papy, un autre passionné a reproduit la Peugeot 203 de l'équipe Géminiani de 1956, l'équipe de R. Rivière. Elle était sur le cours Fauriel en 2007 lors du Critérium du Dauphiné (/DR)