Thursday, June 30, 2022

La 2e édition du Printemps de l'Archéologie s'est achevée le 26 juin sur le site de l'ancienne mine d'antimoine de la Combe à  Bissieux (Saint-Joseph).

 La Médiathèque de Saint-Etienne conserve dans ses collections de nombreux documents traitant d'archéologie. Elle a su rassembler et conserver des collections de périodiques et livres, les oeuvres notamment de Jacob Spon, Guillaume du Choul, ou plus près de nous, celles de Vincent Durand et Joseph Déchelette. Ce qui amène dans sa salle de lecture de ces archéologues, amateurs ou professionnels, qui s'emploient à  découvrir et à  décrypter les richesses que renferme le sol forézien. C'est pourquoi la Médiathèque a souhaité organisé en 2009, à  destination du public et en partenariat avec l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), la Fédération de Recherche Archéologique de la Loire (FRAL) et le Groupe Archéologique Forez-Jarez un cycle de visites, ateliers et conférences, pour mieux lire, comprendre et aimer les archives du sol.

L'année dernière, la visite de terrain avait conduit René Michel Bourdier, en charge de l'Action culturelle-Patrimoine de la Médiathèque, et une trentaine d'autres curieux, à  la découverte des vestiges de l'aqueduc du Gier. En 2010, trois escapades étaient programmées: à  Roanne à  la découverte du baptistère paléochrétien et des fours de poterie gallo-romains et deux autres à  Bissieux, dans le pays de Saint-Martin-la-Plaine.

Et il est déjà  l'or d'ouvrir une seconde parenthèse historique. En 1839, dans La Revue du Lyonnais, l'abbé Gilbert Rimaud, vicaire de Saint-Martin-la-Plaine mais aussi "archéologue intelligent et averti" si l'on en croit La Région illustrée (n° de Pâques 1936) a relaté dans les grandes lignes l'histoire du filon de l'or de Bissieux. Selon lui, le premier caillou tout broché d'or fut découvert aux environs de l'an 1600 par un paysan qui travaillait dans une vigne en un lieu alors connu sous le nom de la Grangeasse. Le lieu devint vite la Mine. En 1745, des recherches furent poussées "avec la plus grande activité" sous la conduite d'un délégué du gouvernement en provenance de Saint-Etienne: le Baron de Vaux. Ce sont, précise-t-il, des travailleurs étrangers qui effectuaient les travaux, soit qu'ils fussent plus habiles, soit qu'ils fussent moins cupides. Sept galeries de huit pieds furent creusées dans le rocher avec une percée les reliant au ruisseau de Bozençon pour l'écoulement des eaux. Mais les résultats furent décevants et la mine comblée. L'abbé déclare aussi que M. Monteiller, ancien président du Tribunal de Saint-Etienne, résidant à  Saint-Martin-la-Plaine, lui assura avoir vu à  l'abbaye royale de Saint-Denis, avant la Révolution, une coupe d'or sur laquelle était gravés d'un côté ces mots: "Vase faict de l'or de la mine de Saint-Martin-la-Plaine " et de l'autre ceux-ci: "Offert à  Marie de Médicis". Selon toutes probabilités lors de ses épousailles à  Lyon avec le "Vert-Galant". Le ciboire aurait disparu  lors du saccage de la nécropole royale.

Le sous-sol donna aussi de l'antimoine, extrait de 1910 à  1914. La dernière galerie, celle du site de La Combe, d'une profondeur à  plat de 150 mètres, est situé près du ruisseau et à  300 mètres de la "Mine d'or" (des Grandes terres). On sait peu de chose de son exploitation. Les documents manquent. Michel Pouzadoux cite un tonnage de 10 tonnes pour l'ensemble des filons dont 4 à  La Combe. Le minerai extrait par des mineurs de Rive-de-Gier, peu nombreux, était ensuite exporté, destiné notamment aux chemins de fer.

C'est dans le pré qui surplombe la Combe que nous accueille le président de "La Mine d'or de Bissieux", une association qui s'est donnée pour buts l'étude, la sauvegarde et la mise en valeur du site. " 17 fous bénévoles, minéralogistes, fanas de pierres ou spécialistes de la mine", précise Jean-Paul Sauvage. L'ex-ingénieur des Mines de Lorraine est vêtu d'un "bleu" quand le président a endossé la tunique de chevalier, pour illustrer une des conséquences de l'extraction des minerais et leur travail. Grâce au premier, les visiteurs repartiront avec un morceau de roche, veinée de stibine.

Avec le second, l'atelier conférence débute par un survol de l'histoire de la métallurgie, depuis le chalcolithique, jusqu'à  à  l'âge de fer et au-delà . Pointes de flèches en cuivre ou en bronze, monnaies en argent mais aussi morceaux de cuprite, bournonite, urianite, bismuth synthétique et autres malachite verte; sur les étals les échantillons affichent leurs couleurs et leurs appellations barbares, en provenance des quatre horizons: de l'ancien Katanga, de la mine bleue de Chessy (Rhône), des Etats-Unis ou d'Anatolie. Quand ce n'est pas du fer météoritique. Sur des panneaux, nous étions invités à  découvrir l'exemple limousin et des mines de Laurion (Grèce) concernant l'or et l'argent.

Dans le sol, des foyers ont été creusés. En théorie, le minerai est concassé, lavé, séché puis broyé jusqu'à  être réduit en poudre pour être grillé ensuite. Par apport d'oxygène (ventilation) et de carbone (charbon de bois) une partie du souffre est éliminée sous forme d'oxyde. Suit l'étape de la réduction, dans un four de 60 cm de profondeur recouvert d'argile au fond et dans lequel alternent les couches de minerai et de charbon de bois... Jusqu'au creuset qui recueillera le précieux liquide.

Cet un atelier de ce type qui verra le jour en 2011 sur le site. Un atelier de paléo-métallurgie, c'est à  dire destiné à  reproduire les anciennes techniques. "Grâce à  l'INRAP, on reconstituera les méthodes pour ensuite comparer avec les objets d'époque", explique Michel Pouzadoux. Et c'est devant la mine d'Antimoine que s'acheva cette belle journée avec du sulfure d'antimoine, made in China celui-là , soumis à  la question.