Saturday, March 02, 2024
800 personnes environ se sont pressées place du pasteur Comte dans la soirée du jeudi 15 novembre  pour découvrir la nouvelle exposition du Musée d'art et d'industrie. Si l'on en croit le personnel du Musée, l'affluence au vernissage de cette exposition, baptisée "Esprit Staron", a dépassé celle de "Haute Couture". Cette dernière exposition avait attiré pas moins de 30 000 visiteurs.

Après les familles Thuasne et Guichard, le Musée d'art et d'industrie met à l'honneur une autre grande lignée stéphanoise, celle de la famille Staron qui dans son domaine fut durant plus d'un siècle une des plus prestigieuses du pays. Vingt ans après la disparition de l'entreprise, la maison Staron demeure en effet indissociable de l’univers de la haute couture et de l’art.



Thi Be Li, 1967
Modèle "Nef"
Robe sans manches à grains de café imprimés
Tissu staron, patron 49 843
Collections du Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne
- DR -

Entre 1946 et 1968, toutes les plus belles femmes du monde ont porté les soieries Staron: Jackie Kennedy, la princesse Béatrix de Hollande... Pour l'anecdote (le sel de l'Histoire), en 1964 la princesse Claude de France marcha vers l'autel vêtue d’une robe de Pierre Balmain en satin de soie damassé à décor de rinceaux de chez Staron, fleurs de lys et cordes entrelacées. En 1960 une autre princesse qui, pour un autre mariage, s'était parée d’une robe en satin découpé velours remercia la maison Staron de la diligence apportée à la réalisation de l’étoffe par une photo la représentant et portant la dédicace suivante : «À Monsieur Claude Staron dont les qualités d’élégance et de goût font honneur à notre pays».  Des stars de cinéma encore.  Olivia de Havilland, lors de la remise des oscars en 1960, portait le modèle "Nuit à Grenade", une robe du soir imprimée de grands pavots stylisés sur fond noir en tissu Staron.

Les Stéphanoises qui doivent à Yves Saint Laurent - plutôt qu'à Paris-Match - de savoir l'essentiel (1)
, se souviendront peut-être de la boutique de la place Jacquard. Créée en 1965, elle proposait des coupons, des rubans, des écharpes et des carrés. A Saint-Etienne, le nom reste aussi attaché au grand immeuble Staron et Meyer, au 7 de la place Jacquard, où les stocks étaient gérés, les créations dessinées. Il intégrait également les étapes de l'échantillonage, le pliage et l'ourdissage des soieries et rubans.


"Nuit à Grenade"
Christian Dior, par Yves Saint Laurent


Outre Yves Saint Laurent, après le décès de Dior (1957), tous les grands noms de la haute couture et du prêt-à-porter ont été les clients de Staron:Cristobal Balenciaga, Pierre Cardin, Carven, Coco Chanel, Hubert de Givenchy, Madeleine de Rauch, Jean Dessès, Christian Dior, Jacques Esterel, Norman Hartnell(GB), Jacques Heim, Hermès... 

Si la maison Staron a été victime dans les années 1970 de la crise de la haute couture, si elle n’a pas su s’adapter au prêt-à-porter, elle reste le symbole de l’élégance et du goût. Son esprit est à saisir jusqu'au 24 mars 2008 au Musée d'art et d'Industrie de Saint-Etienne.

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Inauguration par le sénateur maire, Nadine Besse, conservatrice en chef, Monique Broué, adjointe, et en présence de nombreux membres de la famille Staron.


Aperçu de l'exposition:

Elle a été mise en espace sur 650 m2 - ce qui est bien peu quand des centaines de visiteurs se pressent pour admirer les créations - par les designers Cahen et Grégori.  Elle est construite en trois temps.

D'abord autour de l’histoire de la famille et de l’entreprise intimement liées, au travers de documents d’archives personnelles mises en relation avec les créations de leur temps, un diaporama et des tableaux tissés. Le parcours chronologique nous invite à découvrir  les personnages qui ont construit le mythe Staron, depuis Pierre Staron en 1867,  Henri Staron (1874-1961) qui suivit le cours de la mode en ajoutant en 1928 la soierie aux rubans,  à l'origine de la société, mais devenu moins utilisé dans la couture. Sans oublier Claude Staron, inventeur du patron «dimension silhouette»(2), et qui en 1960 à Dallas reçut des mains de Stanley Marcus un «award» du «plus beau tissu du siècle» pour une robe en façonné matelassé de Norman Norell (1900-1972).

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Une seconde salle évoque les savoir-faire textiles des hommes et des femmes qui ont présidé à la réalisation des produits et les différents intervenants de la création. La reconstitution de l’atelier de dessinateur, d’un atelier de couturière ou du magasin d’usine Staron retranscrivent l’atmosphère des années 1960-70. Des témoignages oraux d’anciens ouvriers et un espace tactile permettent de donner vie et d’appréhender plus finement la réalité des métiers et de la production. On y apprend par exemple que le velours au sabre fut une des spécialités de la maison Staron, une technique qui était utilisée pour le ruban et qui trouvait un champ d'application pour la soierie. On y découvre le rôle primordial, dans les années 30, des dessinateurs et dessinatrices issus de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne.

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Enfin, la dernière partie démontre comment la maison Staron a mis l’art au service de l’industrie textile pour produire des étoffes de très grande qualité utilisées par les plus grandes maisons de couture de l’après-guerre. Sur podiums une trentaine de robes de haute couture parisienne illustrent l’usage qui est fait de ces soieries du début des années 1930 à la fin des années 1980.  Elles reflètent les courants artistiques de cette époque qui font vivre aussi ces tissus dans la sensibilité culturelle du monde artistique international. Staron était bien ancré dans son temps. On y lit l’influence de l’Art  Déco et le début des motifs géométriques de Sonia Delaunay puis l’inspiration puisée dans la peinture abstraite de Soulages, Hartung ou dans l’art contemporain de Pollock...  Des créations de Balenciaga, Pierre Balmain, Pierre Cardin, Carven, Chanel, Jean Dessès, Jacques Heim, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Maggy Rouff, Yves Saint Laurent... sont présentées d'une manière épurée  qui laisse parler la présence des esquisses, empreintes, rubans et soieries, dialoguant avec des pièces de haute couture, des oeuvres d’art, mais aussi les robes des ouvrières et des pièces de prêt-à-porter.


Robe Pierre Cardin, 1968
En Goumba de Staron
Crêpe laine et soie
Collection du Musée Pierre Cardin
- DR -

Notes:

1) "Rien n'est plus beau qu'un corps nu. Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime." disait
Yves Saint Laurent, qui ajoutait: " Mais, pour celles qui n'ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là."

2) Le patron «dimension silhouette»: chaque impression était réalisée sur un panneau de 125 ou 150 cm, ce qui permettait d’utiliser le motif «en pied», une réserve de quelques centimètres était laissée en bas pour effectuer l’ourlet. Vers 1960, Suzanne Meyer dessina, pour la maison Ricci, des bouleaux qui prenaient racine dans l’ourlet de la robe et s’épanouissaient sur le corsage de la belle. Ces panneaux connurent un grand succès auprès des couturiers car ils étaient le support idéal de nouvelles expérimentations graphiques et structurelles.

Infos pratiques
Musée d’Art et d’Industrie
2, place Louis Comte - 42026 Saint-Étienne cedex 1

Tél. : 04 77 49 73 00 / Fax : 04 77 49 73 05

Service réservation : 04 77 49 73 20, fax : 04 77 49 73 07
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Service des Publics : 04 77 49 73 06

Horaires
• Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h.
(fermé les mardis et les 25 décembre et 1e janvier).
• Pour les groupes, réservation impérative 3 semaines à l’avance.