Sunday, July 14, 2024

Dimanche après-midi, une cinquantaine de personnes avaient rendez-vous devant l'église Saint-Pierre et Saint-Paul pour une petite balade dans le quartier de la Rivière. Elle avait lieu dans le cadre du programme des animations d'été proposées par Saint-Etienne Ville d'art et d'histoire et les comédiens Dominique Chenet et Patrice Lattanzi s'étaient joints à  Cendrine Sanquer pour en faire une petite traversée sensible.

Pour fêter ses 60 ans d'existence, le Centre social de La Rivière a monté un projet en lien avec la Compagnie Coeur Art & Co. Celle-ci, depuis avril, travaille sur ce quartier qui se heurte au relief du Pilat. A partir des témoignages d'habitants, François Chanal a écrit des textes qui seront présentés sous "une forme spectaculaire" durant deux week-ends, du 16 au 18 et du 23 au 25. Ils seront lus ou joués - le projet achève de prendre forme - dans l'appartement du 9 rue de Granby, avec la participation des enfants, et accompagnés de projection. Dans le même temps, un sorte de petit musée pourrait voir le jour. Une exposition sera aussi inaugurée, cette fois au Centre social, le 2 octobre. La promenade du 30 août a alterné des petits temps de conférence  et quelques-une de ces lectures.

" Traversé par le Furan et son affluent le Furet, c'est un quartier qui a été marqué par plusieurs industries qui ont fait la richesse de Saint-Etienne", a rappelé Cendrine Sanquer devant l'église que bordait autrefois le Furet et près de laquelle s'écoule aujourd'hui le flot des voitures sur l'autoroute. De ces industries, des noms de rues gardent le souvenir, la "rue des Forges" par exemple. C'est le XIXe siècle qui a gonflé en population cet ancien quartier agricole où la famille de Rochetaillée notamment était propriétaire. Mais si l'église lui donne sa centralité, ses contours se discutent. C'est le sujet d'un dialogue cocasse entre les comédiens intitulé "Les limites". La rue Pupier, est-ce déjà  Bellevue  ? Et Nicolas Chaize Centre 2 ? Autant dire un autre monde. Et la rue De Champagne, c'est presque Valbenoîte...

Quelques dizaines de mètres plus loin, rue Bonnassieux, sont évoqués  les matériaux employés autrefois pour la construction des usines et des logements: le bois, le grès houiller bien sûr mais aussi le mystérieux mâchefer. Par les rues Berthelot puis Amouroux, on gagne l'avenue de Rochetaillée pour poursuivre rue Gutenberg. Vers l'actuel "Bunker", où s'affrontent les adeptes du paint-ball, Dominique Chenet émeut en lisant un beau texte. C'est le journal intime d'une petite fille, d'après des documents collectés aux archives municipales. Nous sommes ici à  l'ombre des deux petits pavillons qui encadraient le portail de l'orphelinat du Rez, démoli en 1975.  Le monde de l'enfance encore à  l'Ecole Dora-Rivière, une des cinq "écoles de Jules Ferry" stéphanoises, avec l'école Monge, de Monthieu, Fauriel et Jules Ferry. Construite en 1882 sur une propriété rachetée par la Ville, elle porte  le nom de la présidente de l'Oeuvre des Enfants à  la Montagne, organisatrice du sauvetage d'enfants juifs lors de l'Occupation, arrêtée en octobre 1943 et déportée.

Dans le square Amouroux, Cendrine Sanquer évoque les anciens ateliers, avant la machine à  vapeur - il en fut compté 117 au début du XIXe siècle - et les molières,  les meules de grès, et le moulinage.  On devine le bruit que devaient faire les martinets de 150 kilos et on imagine les odeurs d'un quartier disparu, celle des hommes et des filles, du travail, de l'huile chauffée, des platanes, un peu poivrée, et les fragrances de tabacs et d'épiceries ... Retour enfin au point de départ. L'église ouvre ses portes. Achevée dans les années 1860, érigée en paroisse en 1869, elle a été reconstruite et agrandie au XXe par Edouard Hur. Ses vitraux les plus anciens ont été offerts par des corporations, les aiguiseurs et les métallurgistes (saint Eloi évidemment, armé d'un marteau) ou les familles fondatrices comme les Rochetaillée, la famille André Guinard et Degasche, Décline... Le vitrail du baron de Rochetaillée montre saint Isidore le laboureur, portant une pierre à  aiguiser sur le côté. On doit le beau vitrail, au dessus de la tribune, côté façade, à  Théodore-Gérard Hanssen. A sa manière, il rend hommage aux activités industrielles, au travail, à  un quartier un peu excentré qui a joué un rôle de première importance dans le développement de notre ville.