Wednesday, September 23, 2020
Non, rien à  voir avec le tiers provisionnel mais enfin cette porte d'entrée attendue depuis belle lurette. Et c'est le cinéma Le Méliès (Saint-Etienne) qui nous l'offre avec sa soirée "cult of horror". Deux films de George Romero sont au programme : LA NUIT DES MORTS VIVANTS (1968) et LAND OF THE DEAD (2004). Petite porte mais suffisante pour déblatérer un bon coup.
 
Nixon n'a pas dit que des mensonges. Pour preuve, ce jugement lucide prononcé à  la télé devant des millions d'Américains : "Le Nord Vietnam ne peut pas battre ou humilier les Etats-Unis. Seuls les Américains peuvent le faire." Parmi ces « ennemis de l'intérieur », coiffés ou non du béret du Black Panther Party, étudiants des campus de Kent State ou d'ailleurs, il y eut aussi quelques jeunes cinéastes qui, parce qu'ils avaient peur, se sont mis à  faire peur. Provoquer la défaite de l'Amérique n'était peut-être pas leur objectif, pas plus que celui des morts de Kent State, mais ils lui firent honte en dévoilant sa face obscure, sublimée dans l'horreur, anéantissant définitivement l'imagerie idyllique de la petite maison propre, avec sa pelouse soignée et sa barrière blanche où s'accroche le drapeau étoilé. "Je voulais que ce soit bestial" , a dit Carpenter plus de vingt ans après, quand avec le recul il réalisa avec les autres, Savini, Cronenberg and Co, la portée de ce qu'ils avaient fait.
 
Si il y eut avant lui quelques précurseurs dans le genre, notamment Don Siegel, c'est George Romero qui inaugura vraiment le cauchemar américain sur le grand écran. En cette année 1968 où, dans la petite lucarne, les corps entassés des paysans vietnamiens de My Lai n'avaient rien d'érotiques, Romero fit sortir de terre ses cadavres et les lança à  l'assaut des salles sombres. Culte, LA NUIT DES MORTS VIVANTS l'est à  plus d'un titre. D'abord parce que si les « Zombies » existaient déjà  au cinéma, pour la première fois ils sont abordés sous l'angle du cannibalisme le plus cru. Et s'il existe une chose pire que d'être massacré, c'est bien d'être massacré et dévoré. Aussi parce qu'on y voit une fillette, sans doute apeurer par ses géniteurs -« Tu es belle à croquer » - les trucider (sa maman à  coups de truelle, sans aucun égard pour les ultimes marques d'affection de celle-ci) et s'en repaître.
 
Mais surtout parce que son film se double d'une parabole politique. A l'époque de la lutte pour les droits civiques, l'année où Luther King se fait assassiner, il choisit en effet pour incarner le héros de son film (inspiré du roman Je suis une légende de Matheson) l'acteur noir Duane Jones. Pour le spectateur, qui suit le personnage de Ben avec sympathie, la scène finale est particulièrement choquante. Encerclé par une horde à  la gâchette facile, il est tué et son corps est trainé avec des crocs de boucher puis brûlé. Cet aspect racial qui motive bien entendu le choix du Méliès, renvoie à  la réalité de l'époque, celle des marches pacifistes où les flics graisseux cassaient du black, celle des lynchages dans le sud.
 
Après ce film, après 68, d'autres massacres ont suivi, sur les écrans, au Salvador et ailleurs. Il y eut notamment la perversité rare de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE d'un certain Wes Craven. A l'époque du Watergate, de la récession économique, du choc pétrolier, un jeune cinéaste pris dans la foule d'un magasin imagina même se frayer un passage à  coups de tronçonneuse, avant de se raviser et d'en faire un film. Depuis l'époque de Romero, le mauvais karma ambiant a perduré et l'Amérique n'a jamais cessé d'avoir peur d'elle même...