Saturday, June 15, 2024

Pendant cinq ans, de la défaite de juin 1940 à la capitulation allemande de mai 1945, les gendarmes furent les greffiers de ces temps troublés. Rafles et déportations, maquis, sabotages, délations, bavures, marché noir, crimes de guerre ou épuration sauvage : ils ont observé les Français et consignés dans des rapports le drame qui avait cours. Mais contrairement à la grande majorité de la population qui pouvait essayer de survivre et laisser faire, sans chercher à savoir, les gendarmes expérimentaient sur le terrain la pièce tragique qui se jouait aux quatre coins du pays.

Il parle peu Alex Clérino, et d'une tou-te-pe-ti-te voix. De lui, on appendra seulement que c'est "un vieux pédago à la retraite", un ancien instit et conseiller pédagogique de Saint-Etienne, qui s'est pris d'amour pour l'art et les éclats d'obus.

Tombé en arrêt sur de la mitraille dans un champs de tir du Mont Thabor (Alpes du sud), il entreprend d'en souder le matériau. On pense parfois à Giacometti, pour l'aspect filiforme de certains personnages, mais avec un affleurement du métal bien plus marqué. Certaines de ses sculptures, par exemple "La Tentation" ou "L'arrivée du Grand bouc" sont directement inspirées des oeuvres de Goya dont il dit qu'il n'a "jamais trouvé quelqu'un de plus merveilleux dans sa peinture, notamment dans sa période des Peinture Noires". Pour le cauchemar, le fantastique ? "Plutôt la vie autour de soi", ce qui ne tempère pas l'inquiétude. "Celle-ci par exemple, "Juste avant", juste avant de se casser la gueule." Et ce coq qui va se faire écraser, est-ce encore l'avenir incertain ? "Non, répond le sculpteur, c'est encore autre chose, le coq c'est le cancer". Le coq a survécu, il est venu après la maladie. "C'est pourquoi il se nomme "Non, il ne va pas m'avoir..."

La première expo d'Alex Clérino date de 1992, à l'Hôtel de Ville. Depuis, il se montre peu, de-ci de-là. Au "Mouton à cinq pattes", il expose jusqu'au 21 mars en mettant en contrepoint ses sculptures et les gravures, à la pointe sèche et au burin, qu'elles inspirent, un art appris aux ateliers des MOF.

Coupable est le nouveau film de Laetitia Masson, tourné à  Saint-Etienne et dans le Pilat. Ce n'est pas un polar. Le meurtre, l'enquête policière que mène le flic, servent à  la jeune réalisatrice à  traiter de la quête de l'amour et de sa concrétisation dans le couple. " J'ai essayé de montrer la folie des rapports amoureux, explique-t-elle. Ce n'est pas une thèse, ni un article dans Marie-Claire; c'est  un film, avec des images et du son."

Ces visages en terre cuite patinée, pour leur donner l' aspect du bronze, ouvrent leurs grands yeux en forme de galets sur le monde qui les entoure. Ce sont les victimes silencieuses du monde du travail, les mineurs silicosés, les bouffeurs d'amiante.