LIBERTE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par FI   

La présidente de l'Association culturelle du pays de Saint-Bonnet s'affaire. Dans une heure débute la première projection du film. Il reste encore à remplacer l'affiche d'Agora par celle de Liberté. "Vous voyez la différence ?" C'est vrai qu'elle est magnifique cette affiche. " Non, ce n'était pas prévu de longue date mais ça allait de soi qu'il revienne et d'ailleurs on a fait du Gatlif avant Liberté..." Un cycle Tony Gatlif avait été proposé lorsque Cin'Etoile souffla sa première bougie. Les habitants ont ainsi pu découvrir "Swing" et "Exils". Ensuite, il y eut "Liberté", tourné en grande partie dans le pays de Saint-Bonnet: à Estivareilles, Merle Leignec, Apinac, sur les hauteurs de Saint-Marcellin...

Pour cette avant-première, la veille de souffler une 2e bougie, 220 invitations avaient été postées. L'équipe de Cin'Etoile (une vingtaine de projectionnistes et une dizaine de caissiers et caissières) s'est mobilisée pendant un mois. Concert de jazz manouche, buffet... rien n'avait été laissé au hasard et le public fut au rendez-vous. "C'est un grand moment pour notre pays de Saint-Bonnet-leChâteau", a déclaré le sénateur Bernard Fournier, président de la Communauté de communes. Présent également Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région et Grégory Faes, directeur général de Rhône-Alpes Cinéma. Notre voisin s'appelle Léonard Bardotti. Habitant à Saint-Maurice-en-Gourgois, ce décorateur été embauché sur le tournage. S'il travaille sur des spectacles, à la Comédie ou à l'Opéra-Théâtre, cet emploi sur un film fut une vraie première, suivie depuis par des emplois similaires à Lille et à Orléans. Frédo et Noé sont aussi du coin. Figurants, ils jouent les soldats allemands. A les entendre, l'expérience sera inoubliable. Quant à ces brocanteurs, ils viennent de Haute-Loire. Ils ont loué durant deux mois meubles et objets, "qu'on voit partout dans le film"... Mais voilà que le film commence.

Liberté: sortie le 24 février


En 1943, une famille de Bohémiens arrive dans une village de la France profonde. L'institutrice s'arrange pour que les enfants soient scolarisés tandis que Théodore, le maire véto, recueille P'tit Claude, un matru gadjo et orphelin collé aux basques des "seigneurs du vaste univers". Mais les temps ont changé. C'est à dire que la guerre les a rendus encore plus durs pour les Tsiganes. Ceux-ci n'ont plus le droit de circuler librement. Théodore s'arrange pour les sédentariser. Mais il leur faudra reprendre la route, tandis qu' à l'Est le ciel est déjà noirci par les fumées du Samudaripen...

Peu d'applaudissements ont salué l'arrivée du réalisateur. Les spectateurs étaient encore sous l'effet d'un film admirable de bout en bout. Dans la salle, quelqu'un fait part de sa stupéfaction devant la performance de James Thiérrée, Taloche dans le film. Le petit-fils de Chaplin, véritablement possédé par son personnage, joue l'homme-enfant à l'écoute des vibrations du monde. Il incarne l'insouciance du peuple tsigane et sa soif de liberté. Le réalisateur évoque surtout "une piqûre de rappel" devant servir à soulever la chappe de plomb qui enserre depuis 70 ans une histoire douloureuse. "On n'est pas ici pour juger, ni même condamner; c'est trop tard et ce n'est pas la question. Ce que veut la population tzigane, rom,... c'est que soit reconnue le martyre vécu dans son histoire." Le film s'inspire de personnes qui ont existé: Mlle Lundy, institutrice résistante et déportée, un notaire qui avait tenté de sauver un certain Tolloche.  Les Justes sont incarnés par Marc Lavoine et Marie-Josée Croze. Il y a aussi Rufus. "Sans des personnages comme Théodore ou Fernand, j'aurais de l'amertume contre l'Humanité", dit Tony Gatlif.  La pudeur, parce qu'il y a des choses que le réalisateur s'est interdit de théâtraliser, se marie parfaitement avec la fantaisie. Et le film regorge de trouvailles. C'est un grand honneur pour notre région que de servir une telle oeuvre. Et Tony Gatlif lui fait encore l'amitié de saluer "ses paysage purs, la plaine et sa mer de nuages" !